L'extrême droite allemande en quête d'une victoire historique en Saxe-Anhalt
L'extrême droite allemande, favorite des élections régionales dimanche en Saxe-Anhalt, veut "marquer l'Histoire" et espère diriger cet État d'ex-RDA, ce qui serait inédit dans l'Allemagne d'après-guerre et fragiliserait davantage le chancelier Friedrich Merz.
Devançant d'environ vingt points dans les sondages les conservateurs de M. Merz, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti antimigrants, russophile et pro-Trump, n'est cependant pas assurée d'obtenir la majorité absolue pour prendre les rênes de cette région de 2,1 millions d'habitants : tout dépendra notamment du nombre de partis qui passeront la barre des 5% nécessaire à une représentation au parlement régional.
A 14H00 (12H00 GMT), la participation des 1,7 millions d'électeurs était avec 54,4%, déjà deux fois plus forte que lors du scrutin de 2021 à la même heure.
De premières estimations sont attendues à la fermeture des bureaux de vote à 18H00 (16H00 GMT), dans un contexte de polarisation aiguë de l'opinion.
Selon le dernier sondage de la chaîne publique ZDF, l'AfD, emmenée par Ulrich Siegmund, vedette des réseaux sociaux âgé de 35 ans, est à 41%, soit quasiment le double de son score de 2021.
"Pourquoi allons-nous marquer l'histoire d'une manière ou d'une autre ? Parce que, d'une manière ou d'une autre, nous obtiendrons un bon résultat, ce qui entraînera bien sûr une recomposition du paysage politique en Allemagne", a-t-il déclaré en allant voter dans son fief de Tangermünde, ville d'environ 10.000 habitants, où une centaine de partisans l'ont accueilli en scandant son prénom.
Parmi ses promesses, le durcissement de la politique migratoire, modifier les programmes d'histoire dans les écoles, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l'Allemagne du IIIe Reich, ou encore sortir la région de l'audiovisuel public, jugée anti-AfD.
Ulrich Siegmund joue également sur la nostalgie de la RDA chez ses sympathisants, qui s'estiment défavorisés par rapport aux Allemands de l'Ouest et aux migrants. Dimanche, il a débarqué au bureau de vote avec sa femme Julia sur une Simson, mobylette iconique de l'ex-Allemagne de l'Est.
"J'ai longtemps lutté avec moi-même, mais je me dis qu'il faut maintenant donner une chance" à l'AfD, confie à l'AFP Jutta Neumann, retraitée de 84 ans et ancienne électrice des sociaux-démocrates (SPD).
"Ce sont les seuls qui parlent de paix", assure cette habitante de Magdebourg, la capitale régionale, en référence à l'aide à l'Ukraine et au réarmement de l'Allemagne face à la menace russe, alors que Moscou garde de nombreux partisans dans l'Est anciennement communiste.
Cordon sanitaire
Face à l'essor de la droite radicale, des actions anti-AfD étaient prévues tout le weekend. Samedi, une manifestation a rassemblé 8.000 personnes à Magdebourg, selon la police.
Des renforts policiers ont aussi été déployés dimanche de crainte de débordements après le scrutin.
Des grilles métalliques ont été installées autour du Landtag, le parlement régional, et de nombreux policiers patrouillent, a constaté l'AFP.
Les conservateurs emmenés par Sven Schulze, 47 ans, dirigeant sortant de la Saxe-Anhalt, sont crédités de 23%, selon la dernière enquête d'opinion.
"J'ai vraiment donné tout ce que je pouvais" lors de la campagne, a-t-il déclaré après son passage aux urnes à Magdebourg.
Jusqu'ici, tous les partis ont exclu de gouverner avec l'extrême droite, à l'exception du BSW, formation prorusse de gauche, partagé sur cette question.
C'est grâce à ce cordon sanitaire que Sven Schulze pourrait rester au pouvoir : en constituant une coalition avec les autres formations représentées au parlement régional, en l'absence de majorité absolue AfD.
Il pourrait suivre l'exemple des Etats régionaux de Saxe et de Thuringe, aussi situés dans l'ex-RDA : former un gouvernement minoritaire dépendant du soutien de la gauche radicale, Die Linke, avec qui les conservateurs de la CDU excluent de gouverner.
Mais des voix conservatrices appellent aussi au pragmatisme à l'égard de l'AfD. Le scrutin de dimanche pourrait donc provoquer de nouvelles tensions dans le parti d'un Friedrich Merz affaibli.
Arrivé au pouvoir il y a un peu plus d'un an avec notamment un programme de durcissement migratoire pour siphonner les voix de l'AfD, le chancelier est déjà au plus bas dans les sondages, plombé par une économie en difficulté, des disputes avec son partenaire de coalition socio-démocrate et des gaffes à répétition.
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