France: la dette du 2e trimestre a atteint 119% du PIB, avant un record attendu en 2027

| AFP | 414 | 4 par 1 internautes
Le ministère de l'Economie et des Finances, à Paris, le 21 avril 2025
Le ministère de l'Economie et des Finances, à Paris, le 21 avril 2025 ( JOEL SAGET / AFP/Archives )

La dette publique française a encore progressé au deuxième trimestre, atteignant 3.595,5 milliards d'euros, soit 119% du produit intérieur brut (PIB), a annoncé mardi l'Insee, avant un record attendu en 2027, situation très inconfortable à quelques mois des élections.

D'avril à juin, l’État s'est endetté de 53 milliards d'euros supplémentaires, la Sécurité sociale de 8,4 milliards. La dette des administrations publiques locales a cependant baissé de 1,7 milliard d'euros, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques.

Le gouvernement a d'ores et déjà prévenu que la dette atteindrait 121,7% du PIB en 2027, soit plus du double de la limite européenne fixée à 60%, du jamais-vu depuis le début de cette statistique en 1978.

L'Etat prévoit l'an prochain d'emprunter un montant record de 339,7 milliards d'euros, contre 311,7 milliards en 2026, a indiqué mardi l'Agence France Trésor (AFT).

La France, qui ne parvient pas à réduire son déficit public — il devrait encore atteindre 5,4% du PIB cette année, contre 5% espérés — est le pays le plus endetté de la zone euro, derrière la Grèce et l'Italie.

Le poids des intérêts annuels de cette dette devrait atteindre 91 milliards d'euros en 2027, selon le ministre de l’Économie et des Finances Roland Lescure.

Pour l’État stricto sensu, la charge budgétaire de la dette "est prévue à 72,9 milliards d'euros contre 62,6 milliards d'euros" en 2026, selon l'AFT. Le ministère de l’Économie parle quant à lui de 65 milliards d'euros pour 2026, selon une méthode de calcul légèrement différente.

Le rendement des obligations françaises à échéance dix ans a dépassé mardi le seuil de 4,80% pour la première fois depuis 2008. L'écart avec son équivalent allemand, référence en Europe, continue de grimper, s'approchant de 1,20 point de pourcentage, du jamais vu depuis 2012.

"Cela s'inscrit dans un mouvement mondial de hausse des taux", nuance auprès de l'AFP Éric Dor, directeur des études économiques à l'Ieseg. Cette augmentation est alimentée par l'inflation liée à la crise énergétique, la crainte que les banques centrales ne répercutent cette inflation dans leurs taux directeurs et une demande d'emprunts "qui explose", de la part des pays, mais aussi d'entreprises lancées dans le développement de centres de données et de l'intelligence artificielle.

"Rôle crucial"

Mais les taux sur la dette française augmentent aussi parce que les investisseurs s'interrogent davantage.

La dette publique française enfle
La dette publique française enfle ( Sylvie HUSSON, Valentina BRESCHI / AFP )

"D'où le rôle crucial de la confiance", explique M. Dor: "Si le fonds de pension japonais qui prête à (horizon) dix ans à la France commence à se gratter la tête en se demandant si elle trouvera dix ans plus tard d'autres prêteurs pour le rembourser, il exigera un taux d'intérêt supérieur. Et si tout à coup la confiance s'érode totalement, là c'est Grèce 2010, il n'y a plus de prêteurs".

Pour lui, "on est dans la phase où les prêteurs (...) froncent les sourcils, mais prêtent toujours à la France, plus cher".

Il note qu'en pourcentage du PIB, la charge de la dette est passée de 1,2% en 2020 à environ 2,5%, "une augmentation énorme".

Ce qui pourrait vraiment détourner les prêteurs, selon M. Dor, "c'est qu'ils se persuadent que le monde politique français n'a vraiment pas l'intention d'assainir les finances publiques".

Selon lui, les investisseurs s'inquiètent beaucoup de la perspective de voir "les deux extrêmes", RN et LFI, au deuxième tour de la présidentielle. "Tout dépendra du discours qu'ils tiendront", pense-t-il.

"Ciel agité"

"Les marchés ne jugent pas les intentions (mais) la soutenabilité d'une trajectoire et la capacité politique à la corriger", relève David Jourdan, directeur de la gestion crédit à la société de gestion Ecofi, dans une note évoquant une "crise de confiance historique".

Le ministre de l'Economie Roland Lescure, le 17 septembre 2026 à Paris
Le ministre de l'Economie Roland Lescure, le 17 septembre 2026 à Paris ( Kenzo TRIBOUILLARD / AFP/Archives )

La situation de taux élevés et volatils de la dette française semble de surcroît commencer à intéresser les fonds spéculatifs, qui pourraient, par des investissements de très court terme, rajouter de l'instabilité sur ce marché.

Pour Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à Rexecode, "la France ne fera jamais faillite, mais elle peut connaître une crise. Elle est comme un bel Airbus dans un ciel très agité et c'est désagréable pour les passagers", déclare-t-il à l'AFP.

Dans ce contexte, le budget présenté jeudi, qui devrait comporter "54 milliards d'euros d'effort budgétaire", sera scruté de près par les prêteurs.

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
1 avis
Note moyenne : 4
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 30/09/2026

Pour boucler son budget 2027, le gouvernement veut faire contribuer les retraités, à hauteur d'un peu moins de 6 milliards d'euros ( JOEL SAGET / AFP/Archives )Pour boucler son budget 2027, le…

Publié le 30/09/2026

Le logo de l'Agence fédérale pour l'emploi à Essen (ouest) le 22 juillet 2026 ( Ina FASSBENDER / AFP )Le taux de chômage en Allemagne est resté stable en septembre, à 6,4%, alors que le…

Publié le 24/09/2026

Construction d'une maison dans la ville d'Alhambra, en Californie, le 19 mars 2026. ( Frederic J. BROWN / AFP/Archives )Le coût des crédits immobiliers américains à 30 ans a dépassé jeudi la…

Publié le 23/09/2026

Un rapport propose de renforcer le rôle, mais aussi les obligations, des mutuelles de santé ( DENIS CHARLET / AFP/Archives )L'optique, les transports sanitaires, voire les premiers jours…

À LIRE AUSSI SUR MES ACTIONS
Publié le 30/09/2026

La Bourse de Paris a terminé dans le rouge, scrutant l'évolution des prix du brut et des taux d'intérêt de la dette des Etats. Le gouvernement envisage d'augmenter la taxe sur les autoroutes et…

Publié le 30/09/2026

Résultats du S1 2026 Au S1 2026, Redelfi a publié des résultats en ligne avec nos attentes. La valeur de la production (VdP) est ressortie stable à 16,1 M€ (+1,2%…

Publié le 30/09/2026

(Zonebourse.com) - HSBC indique avoir revu à la baisse son objectif de cours sur Hermès, jugeant que la maison de luxe parisienne n'est pas immunisée contre la dégradation de la conjoncture…

Publié le 30/09/2026

(Zonebourse.com) - Le spécialiste du voyage sur mesure et de l'aventure affiche une activité en légère progression au premier semestre 2026, malgré les tensions géopolitiques et le…