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La justice valide la reprise du verrier Arc par Timothée Durand

| AFP | 329 | Aucun vote sur cette news
L’entrepreneur Timothée Durand, seul candidat au rachat du fabricant de verrerie Arc, devant le tribunal de commerce métropolitain de Lille à Tourcoing, le 10 mars 2026 dans le Nord
L’entrepreneur Timothée Durand, seul candidat au rachat du fabricant de verrerie Arc, devant le tribunal de commerce métropolitain de Lille à Tourcoing, le 10 mars 2026 dans le Nord ( Sameer Al-DOUMY / AFP/Archives )

La justice a approuvé vendredi la reprise du verrier Arc par l'unique candidat, Timothée Durand, issu d'une famille de dirigeants emblématiques de ce groupe bicentenaire, mais ce retour aux sources a un goût amer, 700 suppressions de postes étant prévues.

Le tribunal de commerce de Tourcoing (Nord) a notifié sa décision par écrit aux parties en début d'après-midi.

M. Durand s'est dit dans un communiqué "très heureux et fier de reprendre cette entreprise familiale" et a souligné que sa priorité était "désormais de faire vivre cet héritage" en axant sur "l'excellence et l'innovation".

Le groupe a réalisé en 2024 un chiffre d'affaires de 688 millions d'euros au niveau mondial, dont un peu plus de 400 millions d'euros pour Arc France, société accusant des pertes chroniques depuis des années et très endettée.

La perte nette d'Arc France s'élevait à plus de 32 millions d'euros en 2024, d'après des documents financiers disponibles en ligne.

Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) a déjà été validé le 10 mars par les syndicats d'Arc France, dans le cadre du redressement judiciaire de l'entreprise annoncé début janvier.

Ce PSE, condition sine qua non pour permettre la reprise du groupe par M. Durand, prévoit 704 suppressions de postes sur son principal site à Arques (Pas-de-Calais), qui compte actuellement 3.500 salariés.

La répartition entre départs volontaires et licenciements secs n'était pas encore précisément connue vendredi.

Cette reprise permet d'éviter la disparition de cette entreprise historique du Pas-de-Calais, qui sera baptisée désormais "Verrerie Arc 1825", mais elle reste difficile à digérer pour les salariés.

"Couperet"

"De toute façon c'est ça ou rien, donc on n'a pas le choix", résumait avant la décision du tribunal Frédéric Specque, délégué syndical CGT.

Mais la pilule "est très amère" avec ce PSE "très lourd", ajoute-t-il, déplorant l'absence de dispositifs supplémentaires de la part de l’État pour maximiser les départs volontaires: "On a reçu une fin de non-recevoir. Clairement, l’État n'a plus d'argent".

Un employé sur une chaîne de production du verrier Arc, le 13 septembre 2022 à Arques, dans le Pas-de-Calais
Un employé sur une chaîne de production du verrier Arc, le 13 septembre 2022 à Arques, dans le Pas-de-Calais ( Denis Charlet / AFP/Archives )

"Le couperet est assez violent", estime aussi Corinne Guenez (CFE-CGC).

"Je ne suis pas le méchant de l'histoire, je suis réaliste", déclarait M. Durand à l'AFP fin janvier.

Les coupes dans les effectifs sont nécessaires pour "redimensionner" le site d'Arques aux volumes que le groupe est capable de vendre, répète-t-il depuis qu'il a annoncé être candidat à la reprise, le jour même du placement en redressement judiciaire d'Arc France.

L'entrepreneur de 49 ans mûrissait depuis longtemps son projet de reprise d'Arc, où il a passé l'essentiel de sa carrière.

Membre de la famille qui a dirigé la société pendant un siècle jusqu'en 2015, Timothée Durand l'avait quittée en 2024, après une première tentative avortée pour la racheter.

Son plan de reprise prévoit d'injecter 50 millions d'euros dans Arc, avec le soutien financier de Matthieu Leclercq, ancien patron de Decathlon.

Vents contraires

Arc est depuis la deuxième moitié du XXe siècle un leader mondial des verres pour les arts de la table.

Le groupe produit des verres et ustensiles sous quatre marques principales: Luminarc, Cristal d'Arques Paris, Arcoroc et Chefs&Sommelier, ainsi que sous des marques de distributeurs.

Mais après avoir beaucoup investi pour mondialiser sa production et sa distribution, le groupe, qui dispose de trois autres usines aux États-Unis, en Chine et aux Émirats arabes unis, a enchaîné les difficultés depuis une vingtaine d'années.

Ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois depuis le début des années 2000, et le groupe a bénéficié de multiples plans de refinancement soutenus par l’État et les collectivités locales ces dernières années.

Arc a été très fragilisé par la flambée des coûts de l'énergie et de l'inflation depuis le début de la guerre en Ukraine, mais aussi l'intensification de la concurrence chinoise notamment, et la crise du secteur des arts de la table.

La nouvelle guerre qui embrase le Moyen-Orient depuis fin février risque d'ajouter aux difficultés, avec une remontée attendue des prix de l'énergie.

Malgré ces vents contraires, le syndicaliste M. Specque aurait aimé un plan "plus ambitieux". A défaut, il craint une "spirale infernale", avec de nouvelles baisses de volumes, entraînant de nouvelles suppressions de postes.

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