Amélie de Montchalin, le budget, l'Assemblée et la macronie en péril
Députée en vue dès 2017, battue en 2022, de retour au gouvernement en 2024, en première ligne de l'imbroglio budgétaire: Amélie de Montchalin a connu quasiment toutes les étapes du macronisme au pouvoir, désormais affairée à éviter la censure et assurer la fin de mandat du président.
Une certaine nervosité s'est emparée de l'exécutif avec le dépôt de deux motions de censure par le Rassemblement national et La France insoumise, après la mise en minorité de la France en Europe sur l'accord Mercosur. Jusqu'à agiter la menace d'une dissolution et de législatives concomitantes aux élections municipales en cas de chute du gouvernement.
Avare de sa parole publique, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est fendu d'une phrase au Parisien dimanche pour relativiser cet avertissement. Laissant sa ministre des Comptes publics en première ligne. Sur France 3, Amélie de Montchalin a fustigé "le niveau de bêtise, de vide" de députés censeurs "pitoyable(s)".
C'est également elle qui épaulait vendredi sa collègue Annie Genevard pour de nouvelles annonces en faveur des agriculteurs. Assorties d'un avertissement aux députés: "pas de gouvernement, pas de solution pour les agriculteurs". "Irresponsable et irrespectueux", a réagi l'Ecologiste Marine Tondelier.
Après une dissolution ratée, la censure de Michel Barnier, la chute de François Bayrou et l'invraisemblable faux-départ du gouvernement Lecornu 1, les macronistes se savent en danger. S'ils ont évité la chute en octobre en concédant aux socialistes la suspension de la réforme des retraites, la formule n'a jusqu'ici pas fonctionné pour le budget de l'État. Une nouvelle réunion est prévue lundi à Bercy pour tenter d'aboutir à un compromis, avant le retour du budget en séance à l'Assemblée mardi.
Macronistes en mode survie? "Les gens nous aiment ou ne nous aiment pas, ils en ont peut-être marre de nous voir, mais nous, nous sommes là depuis huit ans et nous considérons que nous devons finir proprement l'action. En ayant une boussole: agir ici et maintenant pour résoudre les crises", a résumé dimanche Amélie de Montchalin.
Dans cette séquence budgétaire à rallonge, qui prend le pas sur toute l'activité gouvernementale, rares sont les ministres aussi exposés. "Y a pas besoin d'un gouvernement. Il faut un Premier ministre et Amélie de Montchalin, c'est tout", ironisait en octobre un membre non-reconduit du gouvernement Bayrou.
Un "duo" avec Lecornu
Sébastien Lecornu a lui-même évoqué un "duo" avec cette économiste de 40 ans qui avait accumulé les portefeuilles des Affaires européennes (2019-2020), de la Fonction publique (2020-2022) et, pour quelques semaines, de la Transition écologique (2022), avant sa défaite aux législatives dans l'Essonne - terre de ses grands-parents agriculteurs - face au socialiste Jérôme Guedj.
Battue d'emblée dans ce deuxième quinquennat mal engagé, elle est revenue au gouvernement avec l'arrivée de François Bayrou à Matignon, après deux années comme ambassadrice auprès de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). François Bayrou a chuté à l'Assemblée sur ses intentions budgétaires, mais la ministre, elle, est restée. "La logique, c'est qu'elle ne pouvait pas, mais elle fait correctement le job", glisse un député macroniste.
Préposée aux budgets dès son arrivée à l'Assemblée en 2017, Amélie de Montchalin recueille désormais les louanges, oppositions comprises. "Elle a été extrêmement pédagogique, elle rend compréhensible des trucs qui ne le sont pas", juge une source au RN.
"Amélie de Montchalin a laissé un mauvais souvenir quand elle était dans sa première phase de ministre. Elle était très jeune, il y avait un côté suffisant chez elle. Je crois que sa défaite électorale, son passage par l'OCDE l'ont fait mûrir. Elle a changé totalement", estime le sénateur PS Claude Raynal.
Le ton professoral de cette diplômée d'HEC et Harvard, passée par les équipes de Valérie Pécresse, continue néanmoins d'agacer. "Elle a cette capacité de vous faire passer pour débile dès les premiers mots", cingle un député de droite.
En cas de dissolution, elle ne sera pas candidate dans son ancienne circonscription, a-t-elle indiqué dimanche.
Elle avait franchi le pas il y a huit ans dans le sillon d'Emmanuel Macron. "J’y vois une route pour grandir et déployer ce que je suis et ce qui compte pour moi autrement. Comme quand les pères jésuites sont envoyés en +mission+, loin et différemment de leurs attentes", expliquait en 2017 cette mère de trois enfants lors d'un rassemblement de jésuites francophones européens.
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