Darmanin attendu à Alger lundi, nouvelle étape du réchauffement franco-algérien
Gérald Darmanin se rend lundi à Alger pour une visite express visant à "rétablir les relations judiciaires" entre la France et l'Algérie, avec pour priorités la lutte contre la "DZ mafia", le règlement du dossier des "biens mal acquis" et évoquer la situation de Christophe Gleizes.
Nouvelle étape du réchauffement diplomatique ? Après une amorce de détente impulsée par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, puis la récente visite de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, la visite du garde des Sceaux consacre une nouvelle avancée dans le rapprochement entre les deux pays.
Autre signe positif: la venue à Paris dans les prochains jours du ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud, annoncée dans la Tribune Dimanche par M. Nunez. "C’est un signal très positif. Une coopération sécuritaire se réinstaure progressivement", salue M. Nunez.
Le garde des Sceaux sera notamment reçu à Alger par son homologue Lotfi Boudjemaa.
"Ce déplacement a pour objet de travailler l'ouverture d'un nouveau chapitre de la coopération judiciaire entre nos deux pays", souligne le ministère de la Justice.
La priorité consistera à relancer une collaboration "extrêmement ralentie" et à surmonter un "manque de coopération pour des raisons diplomatiques".
"Sécurité collective"
La justice française a formulé "une dizaine de demandes" d'entraide visant des dirigeants de la DZ mafia qui se trouveraient de l'autre côté de la Méditerranée.
Bien que peu nombreuses, ces personnes sont "très importantes pour la suite des procès" et pour savoir "où passe l'argent", a précisé la Chancellerie.
La place Vendôme souhaite reproduire le succès obtenu avec le Maroc, qui avait permis l'extradition de Félix Bingui, chef du clan rival Yoda.
Après les avancées avec Dubaï et le royaume chérifien, la France entend rétablir cette coopération pour assurer "la sécurité collective".
Le ministre français sera accompagné de manière "inédite" par le procureur national financier, Pascal Prache.
La présence de ce magistrat lors de déplacements internationaux est "assez rare", mais elle vise à répondre aux requêtes algériennes concernant des biens mal acquis en France, après un "manque de coordination" constaté dans le passé.
La procureure nationale anti-criminalité organisée, Vanessa Perrée, fera également partie de la délégation.
L'objectif est d'"améliorer le process sans que le ministre soit obligé de se déplacer à chaque fois".
Les questions de terrorisme ne figurent en revanche pas à l'ordre du jour, la relation bilatérale fonctionnant déjà "correctement" sur ce sujet.
"Ne pas trop en parler"
Lors du déplacement lundi, "des affaires individuelles sensibles seront également discutées, en particulier le cas de notre compatriote Christophe Gleizes, incarcéré en Algérie", a assuré le ministère.
Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme" et détenu depuis près d'un an, a été arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024 en Algérie.
La Chancellerie a choisi la discrétion, estimant que "le meilleur moyen de libérer notre compatriote est sans doute de ne pas trop en parler".
Le journaliste n'ayant pas formé de pourvoi en cassation, le gouvernement français espère que cette voie ouvre la porte à "une grâce" présidentielle.
C'est d'ailleurs lors d'une rencontre entre Mme Rufo et le président algérien Abdelmadjid Tebboune qu'avait été acté le principe d'une visite d'un diplomate français à Christophe Gleizes, qui a finalement eu lieu lundi.
Le sort d'un agent consulaire algérien en détention provisoire en France dans le cadre d'une information judiciaire, sera également abordé.
L'homme a pu bénéficier "de droits de visite", a confirmé la Chancellerie, dans le strict "respect de l'indépendance de la justice".
Si aucune audience avec le président Abdelmadjid Tebboune ne figure à l'agenda officiel de cette courte journée, une rencontre n'est pas exclue.
Emmanuel Macron avait dit la semaine dernière espérer que la récente visite de la ministre déléguée aux Armées marquerait "le début" d'une reprise des relations.
Le président français avait aussi lancé une pique fin avril aux partisans d'une ligne dure, fustigeant "tous les mabouls" qui veulent "se fâcher avec l'Algérie".
Ce réchauffement en cours s'illustre déjà par une "reprise importante" des laissez-passer consulaires pour les expulsions d'individus dangereux.
Ce nombre est passé de zéro à "quelques centaines" ces derniers mois.
La Chancellerie estime désormais que le travail bilatéral se fait "en confiance avec les autorités algériennes: "crier très fort contre l'Algérie n'avait pas mené à grand chose", a-t-elle insisté.
■
Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote