Lecornu éteint le feu du 1er-Mai et se trouve accusé d'immobilisme
Soucieux de ne pas perdre les socialistes indispensables à sa survie à Matignon, Sébastien Lecornu a éteint l'incendie sur le travail le 1er-Mai, au risque de se retrouver pris au piège des ambitions présidentielles de son propre camp et d'apparaître paralysé dans son action.
Le Premier ministre a repoussé lundi sine die une proposition de loi permettant d'élargir le travail le 1er-Mai, largement promue par Gabriel Attal, le chef du parti macroniste Renaissance, auquel il appartient également.
Syndicats et partis de gauche étaient vent debout contre ce texte, dont devaient bénéficier des artisans boulangers et des fleuristes. Son passage en force vendredi, par une manœuvre parlementaire, avait valu à l'exécutif des menaces de censure de la gauche, y compris du Parti socialiste.
La présidente Renaissance de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et l'entourage de Gabriel Attal ont mis en cause le manque de concertation du gouvernement sur le texte. Le Rassemblement national a dénoncé l'"impuissance" de l'exécutif et son président, Jordan Bardella, a estimé qu'Olivier Faure, premier secrétaire du PS, était devenu "le véritable Premier ministre".
Le PS, en permettant l'adoption du budget 2026 par l'article 49.3 de la Constitution, est devenu l'assurance-vie du chef du gouvernement, privé de majorité à l'Assemblée et qui se veut le garant de la "stabilité".
"Le plus important pour Sébastien Lecornu, la mission supérieure qui lui a été confiée par le président (Macron), c'est d'assurer l'absence de risque de censure d'ici l'élection présidentielle" de 2027, rappelle un conseiller ministériel.
"Méfiance"
Pour autant, en renonçant à ce texte sur le 1er-Mai, le gouvernement donne le sentiment qu'il "n'a plus de message à délivrer", note un autre conseiller. Le Premier ministre voulait "être utile" dans cette dernière année, il risque de donner l'impression de vouloir "se maintenir pour se maintenir", décrypte-t-il.
Contre cette mesure, "on a réactivé le front populaire, inutilement", déplore un cadre du bloc central, qui espère que le gouvernement ne reculera pas de la même façon sur d'autres textes clivants, sur la simplification économique ou l'antisémitisme. Sinon "on va apparaître comme des pleutres", renchérit un cacique du même camp.
De quoi tendre des relations déjà fragiles au sein de la coalition gouvernementale de la droite et du centre, sur fond d'ambitions présidentielles.
L'ancien Premier ministre, Gabriel Attal, prêt à se lancer dans la course, et le candidat déclaré de la droite, Bruno Retailleau, ont tous les deux critiqué la décision de l'exécutif sur le 1er-Mai. "Des capitulations à répétition", a attaqué le patron de LR.
M. Attal n'était pas présent ni représenté, lundi soir, à la réunion hebdomadaire à Matignon des chefs de groupes à l'Assemblée nationale dudit socle commun, et la réunion du groupe Renaissance mardi devant laquelle est venu le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a été particulièrement tendue, selon plusieurs sources parlementaires.
"La méfiance va s'installer", estime un autre conseiller car le gouvernement va devoir être désormais attentif aux textes "de son propre bord politique".
Loi en 2026
Reste à savoir si l'Elysée de son côté, dont les relations sont notoirement glaciales avec M. Attal, a joué un rôle.
Face à une gauche "totalement conservatrice" et un parti Renaissance "qui y va tambour battant sans concertation" et avec beaucoup d'"autopromotion", le Premier ministre a dû "mettre de l'eau froide sur le moteur" et proposer de recevoir les commerçants concernés, se défend un conseiller de l'exécutif.
Lors de la séance à l'Assemblée des questions au gouvernement, M. Farandou a assuré qu'une loi serait adoptée courant 2026 pour "sécuriser juridiquement" l'activité des artisans boulangers et des fleuristes le 1er-Mai.
M. Lecornu a écarté pour sa part l'idée de permettre aux boulangers "industriels" d'ouvrir ce jour-là, en insistant sur l'importance du "dialogue social" que "personne dans cet hémicycle (n') a intérêt à balayer d'un revers de main".
Mardi soir, Michel Picon, président de l'U2P (commerces de proximité), la plus concernée des trois organisations patronales, regrettait auprès de l'AFP le manque de "courage" de la décision "très décevante", qui n'a en outre pas attendu la réception du patronat au ministère du Travail mardi après-midi.
M. Picon a toutefois observé que, du côté de l'U2P, "toutes les branches concernées (avaient) déjà des accords signés par tous les partenaires sociaux".
Il demande donc au gouvernement de "convoquer une commission mixte paritaire" pour "voter le cadre législatif nécessaire à l'application de ces accords".
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