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Procès Balkany: le parquet fustige un "démiurge", la défense dénonce une purge

| AFP | 120 | Aucun vote sur cette news
L'ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, à Nanterre dans les Hauts-de-Seine le 7 avril 2026
L'ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, à Nanterre dans les Hauts-de-Seine le 7 avril 2026 ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Derrière ses lunettes bleues, Patrick Balkany a semblé sonné, vendredi au tribunal de Nanterre, après que le parquet a réclamé un an de prison ferme dans l'affaire de ses chauffeurs, une peine "totalement déconnectée de la réalité" selon son avocat.

Le ministère public a requis deux ans d'emprisonnement, dont un an ferme assorti d'un sursis probatoire de trois ans, 150.000 euros d'amende et dix ans d'inéligibilité et d'interdiction d'exercer toute fonction publique contre l'ancien maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), 77 ans, jugé pour détournement de fonds publics.

Le procureur a fustigé un édile se comportant comme un "démiurge omnipotent" ayant, "par le fait du prince", détourné trois policiers municipaux de leurs fonctions pour en faire des "larbins", des "hommes à tout faire" et "quasiment des domestiques".

"Être maire, ça veut dire qu'on est élu mais pas l'élu", a-t-il tancé, rappelant que le respect du droit devait être une "vertu cardinale".

Évoquant le maire de Cannes, David Lisnard, qui avait symboliquement passé des codes de lois à la broyeuse, le magistrat a regretté que la réglementation soit perçue par certains élus comme "une entrave".

Rejetant l'image du "maire paternaliste" justifiant d'inviter son personnel en vacances, l'accusation a décrit un élu qui "emmène sa cour, qui le suit", osant un "parallèle avec l'ancien régime" face à une "médiocrité sans nom". Évaluant les frais à "au moins 250.000 euros", le procureur a souligné que "la confiance vis-à-vis du contribuable a été trahie".

"Prix Nobel" de l'enquête

Patrick Balkany, à gauche, accompagné à sa droite de son avocat Robin Binsard, au tribunal de Nanterre le 7 avril 2026, dans les Hauts-de-Seine
Patrick Balkany, à gauche, accompagné à sa droite de son avocat Robin Binsard, au tribunal de Nanterre le 7 avril 2026, dans les Hauts-de-Seine ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Appelant à la relaxe lors de sa plaidoirie, l'avocat de la défense, Me Robin Binsard, a dénoncé "une purge" et raillé une instruction longue de 16 ans qui s'était privée de la moindre géolocalisation téléphonique pour prouver ces trajets illicites.

"C'est le prix Nobel des pieds nickelés de l'enquête!", a-t-il ironisé, s'étonnant de l'absence de "bornage" alors que cette technique est courante "dans la moindre comparution immédiate de trafic de drogue".

Le conseil a martelé que son client n'était "pas un énarque" et qu'il ne pouvait "que croire son directeur de cabinet" et sa directrice générale des services (DGS) quant à la légalité des recrutements. Admettant que "pour les petits-enfants, trois ou quatre fois c'est arrivé", l'avocat a assuré que Patrick Balkany payait "de sa poche" quand il invitait ses collaborateurs à Saint-Martin.

Le ton est encore monté lorsque la défense a accusé le représentant du parquet de mener un "acharnement judiciaire" pour faire passer son client "du +mur des cons+ au mur des condamnés".

Me Binsard a assumé une comparaison cinglante avec Antoine Fouquier-Tinville, l'accusateur de la Révolution: "Vous m'avez rappelé votre prédécesseur, le procureur révolutionnaire, qui est connu pour cette phrase: +Donnez-moi quelques mots de n'importe qui et je me charge de le faire pendre+".

"Mauvaise gueule"

Une ire que l'avocat a prolongée avec virulence à l'extérieur de la salle, sitôt l'audience suspendue.

"Les réquisitions sont totalement déconnectées de la réalité de ce dossier", a-t-il tempêté devant les journalistes.

"On reproche à mon client une dizaine de trajets sur cinq ans de prévention, sur des centaines de milliers de kilomètres parcourus par ses chauffeurs. On lui reproche une dizaine de trajets à titre personnel et on demande à ce titre-là de la prison ferme à une interdiction professionnelle. C'est des réquisitions qui sont en totale inadéquation avec la réalité de ce dossier", s'est-il indigné.

Assurant que l'ancien maire avait réagi "vivement" et qu'il le comprenait, il a affirmé que le dossier était "vide". "Il n'y a pas un centime d'argent public qui a été détourné par mon client, mais on essaie de lui faire payer au nom d'une sorte de vindicte contre lui. On essaie de lui faire payer sa mauvaise gueule", a-t-il martelé.

Cette semaine judiciaire aura été particulièrement chargée pour le septuagénaire: mercredi, 18 mois de prison ferme avaient déjà été requis contre lui dans une autre affaire d'emploi présumé fictif à Nanterre, tandis que jeudi, la cour d'appel de Rouen a confirmé sa libération conditionnelle concernant ses précédentes condamnations.

Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 28 mai.

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