Procès libyen: la défense de Claude Guéant cogne sur Nicolas Sarkozy
Une volée de bois vert pour finir: l'avocat de Claude Guéant a fustigé mardi le "cynisme" et la "cruauté" de Nicolas Sarkozy qui a mis en cause son ancien bras droit au procès sur les soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007.
Me Philippe Bouchez El Ghozi réclame à la cour d'appel de prononcer le 30 novembre la relaxe d'un homme empêché par sa santé d'assister à son procès, qui s'achève mercredi par les plaidoiries de la défense de l'ancien président.
Mais l'avocat est aussi venu décocher ses flèches empoisonnées au prévenu assis juste devant lui, Nicolas Sarkozy, dont il résume, lapidaire, la ligne de défense en appel: "C'est pas moi, c'est les autres!".
La rupture avec Claude Guéant est actée depuis que l'ancien chef de l’État a mis en cause la probité de celui qui fut son "Cardinal", cheville ouvrière de son accession au pouvoir suprême puis secrétaire général à l’Élysée. En riposte, Claude Guéant avait adressé deux écrits à la cour d'appel les 11 et 26 avril, où sans rien dénoncer d'explicitement incriminant, il contredisait Nicolas Sarkozy.
S'il est à l'aune de la fureur clinique de son avocat, Nicolas Sarkozy a vite compris combien le sentiment de trahison restait intact chez Claude Guéant, passé "subitement du statut de collaborateur loyal et remarquable (...) à celui, en appel, d'un voyou qui aurait reçu pour sa consommation personnelle des fonds libyens". Avec un objectif: "Éloigner la suspicion que des fonds aient été demandés" pour financer sa campagne présidentielle victorieuse.
Quitte à enfoncer un homme "au crépuscule de sa vie (qui) ne sera peut-être bientôt plus là" ; un homme qui avait "bon dos" et dont l'absence a été "utilisée par Nicolas Sarkozy", qui a voulu "parier sur le fait que les absents ont nécessairement toujours tort", plaide Me Bouchez El Ghozi.
"Désespoir du prévenu"
Il fait mine de s'interroger sur cette nouvelle défense qui a fait voler en éclats le front uni présenté en première instance: au-delà de sa "cruauté au plan humain pour un vieil homme, dans un état de santé dramatique", porte-t-elle la marque du "cynisme du politique ou du désespoir du prévenu"?
Les deux hypothèses "peuvent être cumulatives", tranche-t-il, assassin, avant de moquer une "stratégie à courte vue, désespérée et désespérante". "Suicidaire", dit-il.
Alors certes, par la bouche de son avocat, Claude Guéant continue de nier tout pacte de corruption, tout financement occulte en échange de diverses contreparties, notamment une amnistie du N.2 du régime libyen, Abdallah Senoussi, condamné à la perpétuité en France pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989.
Mais oui, Claude Guéant avait bien informé a posteriori Nicolas Sarkozy de son tête-à-tête occulte à Tripoli en octobre 2005 avec ce dignitaire, une rencontre "pas souhaitée" qu'il "regrettera jusqu'à la fin du peu de vie qu'il lui reste à vivre", selon l'avocat. Mais "ce n'était pas plus", en aucun cas une association de malfaiteurs, "il n'a pas fait la moindre promesse", a affirmé l'avocat, contredisant l'accusation.
De la même manière, lors d'un dîner officiel en 2007, "Nicolas Sarkozy a demandé à Claude Guéant de regarder la situation judiciaire d'Abdallah Senoussi", devant Mouammar Kadhafi, poursuit l'avocat. "Lâcheté ou courtoisie diplomatique" de celui qui venait d'accéder à la présidence, fait encore mine de s'interroger l'avocat.
En tout état de cause, tout comme il avait été informé de la rencontre de 2005 dont l'accusation est convaincue qu'il s'agit d'une étape cruciale du pacte corruptif, Nicolas Sarkozy l'était de l'"obsession" des Libyens d'obtenir une grâce ou une amnistie pour Senoussi.
Le parquet général a requis six ans de prison contre Claude Guéant, et sept contre Nicolas Sarkozy, qui réclamera également sa relaxe. Tout comme l'ont fait, mardi matin, deux anciens ministres, Brice Hortefeux, l'ami de Nicolas Sarkozy, et Éric Woerth, le trésorier de la campagne.
En première instance, Nicolas Sarkozy avait été condamné à cinq ans de prison ferme, le tribunal correctionnel l'envoyant derrière les barreaux de la prison de la Santé où il a passé vingt jours, une première pour un ancien président de la République. Condamné à six ans, Claude Guéant avait en revanche échappé à l'incarcération en raison de sa santé.
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