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Procès libyen: Sarkozy face au feu des parties civiles

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Nicolas Sarkozy à la cour d'appel de Paris le 6 mai 2026 lors du procès en appel sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007
Nicolas Sarkozy à la cour d'appel de Paris le 6 mai 2026 lors du procès en appel sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007 ( Thomas SAMSON / AFP )

"Défense de voyous", indécence, corruption: Nicolas Sarkozy a dû affronter sans broncher les flèches des avocats de proches de victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA, mercredi lors du procès en appel sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.

Absent mardi pour la première journée des plaidoiries des parties civiles parce qu'il était souffrant selon son entourage, Nicolas Sarkozy, 71 ans, est cette fois à sa place, au premier rang des prévenus devant la cour d'appel de Paris. Contraint au silence si ce n'est pour chuchoter quelques mots à un de ses avocats, il écoute Me Olivier Descamps l'étriller.

Après avoir rappelé en passant que l'ancien chef de l'Etat avait "déjà (été) condamné à deux reprises de façon définitive", le conseil de la veuve et du fils de Georges Raveneau, le pilote de l'appareil qui s'était écrasé au Niger en septembre 1989 (170 morts), entreprend de raconter une histoire de "gros sous et trahisons".

Et répète le récit, contesté par Nicolas Sarkozy, d'"un argent qui a permis de financer une campagne électorale" et le "train de vie" de certains prévenus.

S'il n'est pas accusé d'enrichissement personnel, Nicolas Sarkozy est soupçonné d'avoir, avec ses collaborateurs Brice Hortefeux et Claude Guéant, noué un "pacte de corruption" avec le régime de Mouammar Kadhafi: des fonds occultes pour financer sa campagne, en utilisant les comptes du défunt intermédiaire Ziad Takieddine, en échange de contreparties.

Parmi celles-ci, l'examen de la situation pénale d'Abdallah Senoussi, le commanditaire de l'attentat, réclamé par la justice française après sa condamnation à la perpétuité.

Pas plus qu'en première instance où il avait été condamné à cinq ans de prison ferme, les dénégations de Nicolas Sarkozy n'ont convaincu les proches des victimes en appel. Comme devant le tribunal correctionnel, Me Descamps fustige "une défense de voyous", même si, selon lui, elle fut déployée dans une version "un peu plus raffinée".

Brice Hortefeux à la cour d'appel de Paris le 6 mai 2027
Brice Hortefeux à la cour d'appel de Paris le 6 mai 2027 ( Thomas SAMSON / AFP )

Il y a "le patron, M. Sarkozy" qui, face aux "questions qui l'embarrassent", répond "je ne me souviens pas" ou "les autres se trompent". Puis il y a le "premier lieutenant", Brice Hortefeux, "droit comme un I" dans sa posture de bouclier pour son ami. Et enfin "le deuxième lieutenant", Claude Guéant. Et là, "ça a oscillé", poursuit l'avocat.

"Claude, voyez cela"

Dans deux écrits à la cour en riposte à la mise en doute de sa probité par Nicolas Sarkozy à la barre, Claude Guéant, empêché par sa santé d'assister au procès, a évoqué une scène lors d'un dîner à Tripoli en juillet 2007.

L'ancien chef de l'Etat, a-t-il écrit, l'aurait fait venir pour que Kadhafi lui répète "la préoccupation qu'il venait de lui exprimer concernant Senoussi". "Claude, voyez cela", aurait intimé le président.

Si Claude Guéant a affirmé que rien n'avait été effectivement entrepris pour gracier ou amnistier Senoussi, l'anecdote inédite a rompu le front commun en défense.

"Nicolas Sarkozy s'évertue à couper les liens" avec ses coprévenus, constate pour l'association Anticor Claire Josserand-Schmidt, qui juge par ailleurs "fallacieux" son argument selon lequel l'enquête n'avait pas établi que de l'argent libyen avait effectivement atterri dans sa campagne.

"La vraie question est de savoir" si Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, s'est coordonné avec ses collaborateurs, "pour aller sceller un pacte de corruption" avec les Libyens dès 2005.

Pour les proches des victimes, il est "intolérable d'entendre que leurs représentants politiques (...) auraient négocié avec" Senoussi, "l'auteur de leurs tourments, le terroriste qui a assassiné leurs parents", renchérit Dan Hazan, qui représente plus de 90 proches.

A l'instar de Me Descamps, c'est aussi le comportement de Nicolas Sarkozy que ceux-ci lui reprochent: les "commentaires insupportables", "odieux" après le premier jugement, la "mise en scène pathétique", "indécente et indigne" de son incarcération à la Santé, et son ouvrage sur ses vingt jours de détention: "En publiant ce livre, est-ce qu'une seconde, M. Sarkozy l'auteur posait la question du manque que peuvent ressentir les familles des victimes ?"

Le parquet général entame lundi trois jours de réquisitions.

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