Sans front républicain à Nice, une campagne en chemin de croix pour Estrosi
Nettement distancé par son frère ennemi Eric Ciotti à Nice, Christian Estrosi a tenté en vain lundi la carte du front républicain contre l'allié du RN, dernier épisode en date d'une campagne en forme de long chemin de croix pour le maire sortant.
"J'appelle très clairement, comme je l'ai toujours fait, à faire barrage au Rassemblement national (...) La ville de Nice est en danger", a lancé le maire Horizons, qui a déjà bénéficié de désistements de la gauche, en particulier aux élections régionales de 2015 et 2021.
Réélu avec près de 60% des voix en 2020, il en a récolté moins de 31% dimanche, loin derrière les 43% de M. Ciotti, et seul un retrait de la liste PS-PCF-écologistes menée par Juliette Chesnel-Le Roux (près de 12%) semblait pouvoir maintenir ses chances d'un quatrième mandat.
Las, Mme Chesnel-Le Roux a coupé son portable lundi matin - alors que même l'Elysée et Matignon ont tenté de la joindre - et annoncé l'après-midi avoir déposé sa liste pour le second tour.
Au passage, malgré une rencontre des deux équipes, elle a également refusé une fusion avec la liste LFI-Viva (9%), estimant leurs exigences trop importantes.
Tout en disant redouter une possible victoire de M. Ciotti, elle n'a pas ménagé ses critiques au sortant: "après tant d'années de banalisation d'idées racistes et xénophobes, Estrosi a tracé le sillon de l'extrême droite (...) Est-ce qu'il peut réellement constituer un barrage ?"
Mme Chesnel-Le Roux est même allée jusqu'à demander "solennellement" à M. Estrosi "de se retirer immédiatement de la vie politique (...) pour que notre ville retrouve enfin un débat politique digne".
"Ca va être très compliqué", a reconnu Renaud Muselier (Renaissance), allié de M. Estrosi à la région.
Le maire sortant s'est pourtant montré combatif lundi matin, allant au pas de charge à la rencontre des habitants dans le centre-ville. Mais depuis la publication mi-février des premiers sondages le donnant perdant, il semble avoir perdu la main.
Il était parti confiant, fier du bilan de ses 18 années à la mairie et fort de son expérience, lui qui à 70 ans n'a quasiment jamais perdu d'élection, entre municipales, cantonales, régionales et législatives.
Boulette bouliste
Mais la campagne contre M. Ciotti, 60 ans, longtemps son plus proche collaborateur, a été brutale: accusations, petites phrases, "bilan noir" de l'adversaire, transfuges d'une équipe à l'autre, tweets assassins...
Chaque faux pas de M. Estrosi s'est retrouvé filmé et diffusé par le clan Ciotti, comme ce jour où il a plaisanté avec un groupe de femmes sur les boulistes qu'il venait de rencontrer. Cela lui a coûté deux semaines de tournée des clubs de boules et de promesses spécifiques pour tenter de se rattraper.
Pendant ce temps, M. Ciotti tirait à boulets rouges sur sa gestion des finances, l'augmentation de près de 20% de la taxe foncière en 2024 ou les nombreuses enquêtes judiciaires tournant autour du sortant...
Mi-février, M. Estrosi s'est senti obligé de convoquer la presse un samedi matin tôt pour démentir, certificat médical à l'appui, une rumeur le disant atteint de Parkinson.
Fin février, la découverte d'une tête de porc et d'insultes à caractère antisémite devant son domicile a rapidement alimenté les rumeurs d'un complot, possiblement de son propre camp.
Finalement, l'enquête n'a pas établi d'implication directe ou indirecte de son camp dans l'opération, mais plusieurs des personnes mises en cause, dont trois sont écrouées, ont bien gravité dans son entourage.
Lors de son dernier meeting jeudi, il a semblé réellement peiné à l'idée qu'une majorité de Niçois puissent vouloir tourner la page. Et dimanche soir après l'annonce des premiers résultats, sa réaction a pris la forme d'une énième présentation de son bilan, si décousue que les télévisions sont passées à autre chose avant qu'il ait fini.
Pendant ce temps, M. Ciotti est reparti en campagne, appelant les Niçois "à faire barrage à M. Estrosi, parce qu'ils ont besoin de se libérer de son emprise".
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