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Hantavirus: ce que l'Argentine sait, et ne sait pas, de son expérience du virus

| AFP | 104 | Aucun vote sur cette news
Le biologiste Raul Gonzalez Ittig, professeur de génétique des populations à l’Université de Córdoba, le 13 mai 2026 en Argentine
Le biologiste Raul Gonzalez Ittig, professeur de génétique des populations à l’Université de Córdoba, le 13 mai 2026 en Argentine ( Diego Lima / AFP )

Endémique depuis des décennies dans certaines régions d'Argentine, l'hantavirus, y compris la souche "Andes" transmissible d'humain à humain qui s'est répandue à bord du navire de croisière MV Hondius, a conféré aux scientifiques locaux une certain expertise de la maladie, sans lever toutes les inconnues.

L'Argentine comptabilise pour la campagne épidémiologique en cours (juin à juin) 102 cas d'hantavirus, après 57 cas en 2024-2025, 75 en 2023-2024, 65 en 2022-2023 et un pic à 126 en 2018-2019.

Le rongeur et l'environnement

Le vecteur de la souche Andes est le "raton colilargo", rat à longue queue (oligoryzomys longicaudatus) par lequel la contagion peut survenir par contact avec les excréments, l'urine ou la salive, en général en environnement clos.

Le colilargo vit dans des zones boisées où il se nourrit essentiellement de graines, de plantes et fruits, et est sensible aux variations de l'environnement.

Une technicienne de laboratoire exécute un processus d'extraction d'ADN au Laboratoire de génétique de l'Université de Cordoba, en Argentine, le 13 mai 2026
Une technicienne de laboratoire exécute un processus d'extraction d'ADN au Laboratoire de génétique de l'Université de Cordoba, en Argentine, le 13 mai 2026 ( Diego Lima / AFP )

Pour le biologiste Raul Gonzalez Ittig, professeur de génétique des populations à l’Université de Córdoba, une hausse des cas en Argentine peut être liée à une séquence climatique: après deux ans secs, des pluies intenses associées au phénomène El Niño ont favorisé un "développement accru de la végétation et une plus grande disponibilité de nourriture pour les rongeurs".

Plus de rongeurs signifie "une probabilité plus élevée qu’un travailleur rural soit infecté", souligne le spécialiste auprès de l'AFP.

Un contact rendu plus probable car "les humains ont commencé à occuper davantage de milieux où vivaient les rongeurs", estime l'épidémiologiste Rodrigo Bustamante, de l'hôpital de Bariloche.

Et un seul rat suffit "à commencer l'histoire" enclenchant un possible mécanisme de tranmission d'humain à humain, relève l'infectiologue María Ester Lázaro, auteure d’une thèse sur la souche Andes, rappelant des cas documentés de foyers meurtriers en 1996 et 2018.

- Pas de mutation

Toutefois, la transmission interhumaine "n’est pas la règle, mais un événement exceptionnel qui requiert un contact rapproché, moins d’un mètre pendant 30 minutes", souligne le Dr Bustamante.

Le biologiste Raul Gonzalez Ittig tient un spécimen conservé d'un rongeur Graomys chacoensis à l'intérieur du Laboratoire de génétique de l'Université de Cordoba, en Argentine, le 13 mai 2026
Le biologiste Raul Gonzalez Ittig tient un spécimen conservé d'un rongeur Graomys chacoensis à l'intérieur du Laboratoire de génétique de l'Université de Cordoba, en Argentine, le 13 mai 2026 ( Diego Lima / AFP )

Les scientifiques argentins, comme leurs pairs à l'étranger, écartent l'idée d'un mutation ayant favorisé la transmission interhumaine.

"Je pense que le virus a toujours eu cette propriété", indique le Dr Bustamante, selon qui "il n'y a pas eu une mutation ponctuelle".

"C’est un virus très stable, à la difference du Covid-19 ou de la grippe", appuie Mme Lazaro. Les divers hantavirus ont accompagné "depuis des temps ancestraux avec leur rat hôte, sans changer".

Difficile à étudier

L’un des défis des scientifiques argentins avec l'hantavirus "c’est qu’il y a si peu de cas", explique Mme Lazaro. "Il faut beaucoup de temps pour avoir un nombre à peine correct qui permette de tirer des conclusions."

L'épidémiologiste Raul Bustamente lors d'un entretien avec l'AFP devant l'hôpital de Bariloche, le 10 mai 2026 en Argentine
L'épidémiologiste Raul Bustamente lors d'un entretien avec l'AFP devant l'hôpital de Bariloche, le 10 mai 2026 en Argentine ( JUAN MABROMATA / AFP )

M. Bustamante juge également "très difficile de tirer des conclusions représentatives".

Une autre difficulté réside dans l'évolution clinique, avec des symptôme d'abord anodins qui peuvent se dégrader extrêmement brutalement.

"En l'espace de quelques heures, le patient peut passer d’un état semblable à celui d'une grippe à l'assistance respiratoire", détaille Mme Lazaro. "Comme un tsunami."

D'où des difficultés "pour mener l’interrogatoire sur le parcours des patients, les endroits où ils ont été, et pour des tests cliniques".

Le cas de la Terre de Feu

En Terre de Feu, d’où a appareillé le MV Hondius, existe un débat pour savoir si un rongeur local, le colilargo de Patagonie (oligoryzomys magellanicus) est le même ou une sous-espèce du oligoryzomys longicaudatus, officiellement absent de la province.

Vue d'Ushuaia, en Terre de Feu, le 13 mai 2026 en Argentine
Vue d'Ushuaia, en Terre de Feu, le 13 mai 2026 en Argentine ( CRISTIAN URRUTIA / AFP )

Selon Juan Petrina, directeur provincial des services d'épidémiologie, il "présente des différences morphologiques, d'alimentation".

Pour Guillermo DeFerrari, biologiste au Centre austral d'investigations scientifiques d'Ushuaïa, l'enjeu est de savoir si ce rongeur local est, ou non, un vecteur possible de la maladie.

Les tests à ce jour sur des rongeurs en Terre de feu se sont avérés négatifs pour l'hantavirus. Mais une mission imminente à Ushuaïa de scientifiques de l’institut Malbran de Buenos Aires, référence nationale, visera à actualiser ce point.

Du fait de la longue durée d'incubation, une infection a cependant pu se produire ailleurs que dans ce territoire du sud de l'Argentine.

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