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A Rumilly, vivre avec les PFAS malgré les nombreuses inconnues

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A Rumilly, vivre avec les PFAS malgré les nombreuses inconnues
A Rumilly, vivre avec les PFAS malgré les nombreuses inconnues ( Pascal GUYOT / AFP/Archives )

"Ca nous est tombé dessus": à Rumilly en Haute-Savoie, la découverte de fortes concentrations de PFAS, des polluants éternels, pousse élus et habitants à la prudence, face à une contamination dont l'étendue et les effets restent mal connus.

Après des relevés dans l'eau et des boues d'épuration, ces substances chimiques quasi-indestructibles ont été détectées fin avril dans l'air autour du site de Tefal, le fabricant de poêles qui emploie 1.600 personnes.

"Des rejets très limités" selon la filiale du groupe Seb, à qui la préfecture a tout de même demandé de mesurer plus finement cette pollution et d'établir, d'ici la fin de l'année, un plan pour y répondre.

Fin décembre, les services de l'Etat avaient déjà conseillé de ne pas consommer d'oeufs de poulaillers de particuliers à Rumilly et dans sept communes voisines.

"Depuis ces analyses sur les oeufs, on sent que le sujet prend de l'ampleur sur le territoire", relève Virgile Benoit, coprésident de l'association Agir Ensemble pour Rumilly et l'Albanais (AERA).

Celle-ci reçoit désormais des courriers particuliers: des analyses de sang d'habitants inquiets de savoir si des PFAS ont pu les contaminer. "On n'a pas toutes les réponses, parce qu'on n'est pas médecins analystes", regrette M. Benoît.

Les services de l'Etat déconseillent aussi la consommation de fruits et légumes de potagers sur un périmètre plus restreint, ou de manger les poissons pêchés dans deux rivières voisines.

Rien de très rassurant. "Il y a une espèce de préjudice moral, d'anxiété", estime Marie-Claude Bal, également co-présidente de l'association.

Sources potentielles

La prise de conscience remonte à l'automne 2022: la découverte de PFAS dans la vallée de la chimie, au sud de Lyon, pousse la préfecture de Région à approfondir les recherches sur son territoire.

Rumilly, ville de 33.000 habitants aux portes du massif des Bauges, apparaît particulièrement concernée par ces substances per et polyfluoroalkylées, massivement utilisées dans l'industrie en raison de leurs propriétés imperméables et antiadhésives.

A Rumilly, cinq "sources principales potentielles" sont identifiées: le site Tefal, une usine de fabrication de ski Salomon à l'arrêt depuis 2009, une tannerie fermée en 2015 et deux anciennes décharges publiques, selon l'Agence régionale de santé.

Seul site encore en activité, Tefal a abandonné dès 2012 le PFOA, reconnu cancérogène, soit huit ans avant son interdiction. Aujourd'hui, l'usine utilise un autre PFAS, le PTFE ou Teflon, et assure sur son site qu'il est "sans danger pour la santé humaine".

Sa "stabilité et sa sécurité ont été confirmées", selon le ministère de la Santé, mais le Centre international de recherche contre le cancer (Circ) estime que les données sont insuffisantes pour se prononcer définitivement.

En 2025, une loi a restreint l'usage de PFAS dans de nombreux produits de la vie courante (cosmétique, textile d'habillement...). Seb a obtenu une dérogation pour les ustensiles de cuisine après avoir brandi l'argument des risques pour l'emploi.

"Démunis"

Ces enjeux économiques, et les incertitudes autour de la nocivité des polluants éternels, compliquent la tâche des élus locaux. Les PFAS "ça nous est tombé dessus", résume Yannick Levy, adjoint Environnement à Rumilly.

"On accompagne, mais on ne se sent pas légitime en terme de science, dit-il. En plus, on a l'impression qu'il y a encore beaucoup de recherches fondamentales."

La première mesure prise en urgence en 2022 par la communauté de communes Terre de Savoie - Rumilly a été de couper l'alimentation de deux forages après la détection de PFAS dans des captages destinés à l'alimentation en eau potable.

Une nouvelle unité de potabilisation, avec des filtres à charbon, "très efficace" selon la collectivité, a ensuite été mise en service. "On a les études, la filtration, une petite longueur sur les solutions à mettre en place", observe prudemment Yannick Levy.

Mais les mesures ont un coût. La mairie a par exemple dû réaliser des études à la demande de la préfecture, pour plus de 130.000 euros, à sortir "pendant des années de restriction budgétaire".

C'est pourquoi la communauté de communes et la Ville de Rumilly viennent de saisir la justice pour obtenir une expertise judiciaire indépendante. Celle-ci doit, selon les plaignants, "clarifier les responsabilités" des différents émetteurs et estimer "les coûts de dépollution", afin de "fonder des demandes de réparation".

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