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Face à la Silicon Valley, le Canadien Cohere mise sur une révolution tranquille de l'IA

| AFP | 245 | 5 par 1 internautes
Joëlle Pineau, alors vice-présidente de la recherche en IA chez Meta, le 7 février 2025 à Paris
Joëlle Pineau, alors vice-présidente de la recherche en IA chez Meta, le 7 février 2025 à Paris ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP/Archives )

Dans un secteur qui carbure aux prophéties et aux coups d'éclat, le Canadien Cohere revendique son contrepied à la Silicon Valley: pas de spéculations sur une IA toute-puissante ni de querelles publiques. Avec une question: est-ce que ça rapporte ?

"Cohere est une entreprise très peu portée sur le drama", déclare à l'AFP Joëlle Pineau, sa responsable IA, qui compte de nombreux amis chez ses concurrents américains OpenAI et Anthropic, et connaît bien la différence.

Cohere a été cofondée à Toronto en 2019 par Aidan Gomez, coauteur d'une étude fondatrice ("Attention Is All You Need") sur les grands modèles de langage alors qu'il était encore stagiaire chez Google. Elle s'inscrit dans la tradition de l'école canadienne de l'IA, incarnée par Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton.

Pineau elle-même, basée à Montréal, a rejoint Cohere l'an dernier après près de huit ans à la tête du laboratoire d'IA de Meta.

"Nous ne passons pas beaucoup de temps à parler d'AGI (intelligence artificielle générale)", dit-elle, balayant les spéculations sur le moment hypothétique où l'IA égalerait l'intelligence humaine.

Au moment où le secteur brûle largement plus d'argent qu'il n'en gagne, la société préfère un slogan nettement moins glamour : "ROI over AGI" -- retour sur investissement plutôt que quête d'une IA toute-puissante

Car l'obsession de Cohere, ce sont ses clients professionnels. Et c'est cela, dit Pineau, qui remet les risques de l'IA à leur juste place, loin des discours anxiogènes.

"Certains sont allés faire peur aux gens avec l'IA plutôt que de les aider à comprendre les vrais risques", dit-elle, estimant que le temps passé à agiter des scénarios catastrophes serait mieux employé à résoudre des problèmes concrets.

alternative souveraine

Ces vrais risques, ce sont les destructions d'emplois, la protection des données personnelles et la sécurité des infrastructures -- des préoccupations bien réelles pour ses clients dans la finance, la santé et les administrations publiques. "Les gens s'inquiètent de l'impact sur leur travail, sur leur capacité à gagner leur vie", dit-elle. "Ce sont des questions tout à fait légitimes."

Sur la menace des modèles chinois, Pineau refuse l'alarmisme sans nier les risques sécuritaires. L'injection de code malveillant via des logiciels d'IA n'est pas le monopole d'un pays. "Ce ne sont pas seulement les Chinois qui peuvent faire ça -- n'importe quel développeur qui le décide" en a les moyens, dit-elle, ajoutant que l'hygiène numérique s'impose quelle que soit l'origine d'un modèle.

Aidan Gomez, PDG et cofondateur de Cohere, le 18 juin 2024 à Toronto, au Canada
Aidan Gomez, PDG et cofondateur de Cohere, le 18 juin 2024 à Toronto, au Canada ( Cole BURSTON / AFP/Archives )

Cohere se dit bien placée pour capter les marchés européens et asiatiques, inquiets de leur dépendance aux plateformes technologiques américaines. La société a annoncé le mois dernier le rachat de l'allemande Aleph Alpha, créant un ensemble valorisé à quelque 20 milliards de dollars avec un double siège à Toronto et Berlin, soutenu par les deux gouvernements.

La domination des géants américains de l'IA offre une autre piste : "dans le contexte géopolitique actuel, certains craignent de se voir couper l'accès aux solutions technologiques américaines", dit-elle. "Nous sommes plus que disposés à offrir une alternative" aux Européens et aux Asiatiques.

Avec des bureaux à San Francisco, New York, Londres et Paris, en plus d'une présence renforcée en Allemagne, les ambitions de Cohere débordent largement ses frontières canadiennes.

Pour la notoriété, manier quelques avertissements apocalyptiques, comme ses rivaux américains, pourrait s'avérer profitable. "Nous aurions peut-être bien plus d'attention médiatique" en jouant ce petit jeu, concède Mme Pineau, avant d'ajouter : "On essaiera peut-être quelques sorties bien senties de temps en temps."

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