La Banque d'Angleterre remonte son taux à 4 % et sonne l'alerte sur l'inflation
La Banque d'Angleterre (BoE) a relevé jeudi son taux directeur à 4 %, sa première hausse depuis plus de trois ans, pour combattre une inflation qui pourrait dépasser 6 % au Royaume-Uni l'an prochain, dans le pire des scénarios, et contraindre à de nouveaux tours de vis.
"Les pressions inflationnistes liées à la hausse des prix de l'énergie sont désormais suffisamment fortes pour justifier un relèvement du taux directeur", a déclaré le gouverneur de la BoE, Andrew Bailey, dans un commentaire écrit.
"L'augmentation de taux d'aujourd'hui ne doit pas être vue comme la première d'une longue séquence de hausses. Mais à moins que le conflit au Moyen-Orient ne soit résolu, il est probable qu'elle ne soit pas non plus la dernière hausse", a mis en garde le responsable monétaire, donnant des indications inhabituellement explicites sur la trajectoire future des taux.
En conférence de presse, M. Bailey a accueilli comme une "bonne nouvelle" les espoirs de ces derniers jours autour de négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui ont fait retomber les prix du pétrole. Mais, faute de progrès concrets, un nouveau resserrement monétaire restera selon lui nécessaire.
Croissance relevée
Le Comité de politique monétaire (MPC) de la banque centrale britannique a voté à une écrasante majorité pour une hausse d'un quart de point de pourcentage du principal taux directeur de l'institution, jusqu'ici maintenu inchangé depuis décembre. La seule membre dissidente plaidait pour un relèvement plus important.
Les analystes avaient anticipé cette première hausse de ce taux directeur de la BoE depuis août 2023, en raison du conflit au Moyen-Orient qui a fait bondir les prix de l'énergie et provoqué la hausse de l'inflation et des taux d'emprunt.
La BoE emboîte ici le pas à la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon (BoJ), qui ont déjà resserré leur politique monétaire.
Interrogé par l'AFP, M. Bailey a réfuté l'hypothèse selon laquelle la BoE aurait pris du retard par rapport aux autres grandes banques centrales, ses taux étant déjà élevés en amont du conflit.
Au Royaume-Uni, l'inflation s'est accélérée en septembre pour atteindre 3,5 % sur un an.
Dans son scénario le plus défavorable, qui suppose un baril de pétrole Brent à environ 133 dollars en moyenne sur un trimestre, la BoE envisage une inflation atteignant 6,2 % au troisième trimestre de l'an prochain.
La BoE relève également son scénario central d'inflation, à 3,2 % en 2026, contre 3 % dans son rapport de juillet, et à 4,5 % en 2027, contre 2,7 % auparavant, avec un pic à 4,9 % au deuxième trimestre.
Ces perspectives, qui s'accompagnent d'un message ferme de la BoE, "semblent indiquer qu'elle envisage une deuxième hausse de taux, possiblement dès décembre", estime Neil Wilson, analyste à Saxo Bank.
Les pressions inflationnistes ne se sont pas encore pleinement répercutées sur les prix, notamment alimentaires, de nombreuses entreprises absorbant la hausse de leurs coûts en réduisant leurs marges, explique la BoE jeudi dans son rapport.
"Demande liée à l'IA"
Sur le front de l'activité, le produit intérieur brut (PIB) britannique a progressé de 0,1 % en août, déjouant les prévisions. Le chômage, toujours élevé, a également enregistré un léger recul inattendu.
La BoE a ainsi relevé ses prévisions de croissance économique à 1,6 % cette année et à 1,3 % l'an prochain dans son scénario central, contre 1,1 % précédemment pour chacune des deux années.
La croissance s'est montrée "plus résiliente que prévu", portée notamment par la vigueur des investissements et des services d'entreprise à entreprise liés à l'intelligence artificielle, explique la BoE.
Le relèvement du coût du crédit risque toutefois de freiner la croissance, avaient averti les analystes avant l'annonce de la décision de l'institution.
Le premier budget du gouvernement du Premier ministre Andy Burnham, présenté le 28 octobre, n'a apporté qu'un soutien limité aux ménages et aux entreprises.
Ce budget devrait légèrement atténuer l'inflation et avoir "un petit impact sur l'activité", selon la BoE.
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