Les négociations sur la réforme de l'OMC entrent dans le vif du sujet
Le chef des négociations sur la réforme de l'OMC s'est dit vendredi "raisonnablement optimiste" alors que les discussions entraient dans le vif du sujet au deuxième jour de la Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce à Yaoundé.
La réforme de l'OMC est au coeur de cette 14e ministérielle, qui doit se conclure dimanche dans la capitale du Cameroun. L'organisation, qui peine à conclure des accords en raison de la règle du consensus, doit se réformer sur plusieurs volets pour sortir d'une crise profonde remettant en cause son rôle central dans la régulation du commerce international.
L'ambassadeur norvégien, Petter Olberg, qui dirige les négociations sur la réforme, tente d'arracher une feuille de route. Mais les pays divergent sur la manière dont la réforme doit être menée, certains souhaitant un cadre de travail plus ambitieux que d'autres.
Peu avant la ministérielle, les Etats-Unis avaient indiqué qu'ils rejetaient en l'état le projet de texte, estimant que les discussions n'étaient pas suffisamment avancées. M. Olberg avait également indiqué à Genève que l'Inde faisait aussi partie des quelques pays ayant des réserves.
Il a toutefois indiqué vendredi à l'AFP et à l'agence de presse suisse Keystone-ATS, être "raisonnablement optimiste". Les ministres et délégués multiplient les rencontres bilatérales ainsi que les séances de travail, à huis clos. Une réunion plénière est prévue dans la soirée de vendredi.
D'autres sujets sont discutés à Yaoundé, dont la reconduction du moratoire relatif aux droits de douane sur les transmissions électriques, l'adoption d'un accord plurilatéral sur la facilitation de l'investissement pour le développement, ainsi que l'agriculture et le développement.
Marchandage
Certains pays ont commencé à faire du marchandage entre les dossiers, selon des sources proches des discussions. L'Inde pourrait débloquer les discussions sur le commerce électronique et sur l'accord plurilatéral.
"Je reste vraiment très optimiste quant au potentiel de progrès. Je vise un succès et, tant que la moindre piste n'aura pas été épuisée, je n'envisagerai aucun autre scénario", a déclaré le secrétaire d'Etat britannique aux Affaires et au Commerce, Peter Kyle, à une poignée de journalistes.
"On a l'impression de faire du speed dating, cela implique beaucoup d'allers-retours, de va-et-vient entre les différentes pièces", a-t-il commenté.
L'OMC traverse des turbulences depuis plusieurs années. Les négociations s'enlisent, l'organe d'appel du mécanisme de règlement des différends est paralysé depuis 2019 par Washington et certaines règles de l'OMC ne sont plus jugées adaptées aux réalités actuelles par certains pays, dont les Etats-Unis.
Les Etats-Unis sont particulièrement attendus au tournant à Yaoundé, dans un contexte de remise en question par Washington du multilatéralisme commercial.
"Sans eux on ne peut pas avancer", a confié à l'AFP un délégué d'un pays d'Asie du Sud-Est.
"Les autres membres attendent avant tout des Etats-Unis une clarification de leurs intentions, et demandent qu'ils manifestent la continuité de leur engagement dans l'OMC par des actions concrètes", a indiqué à l'AFP Sébastien Jean, professeur au Cnam et directeur associé à l'Ifri.
"jeux de pouvoir"
Cette ministérielle est la première depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, peu enclin au multilatéralisme et qui a fait des droits de douane un instrument central de sa politique économique et étrangère, enfreignant ainsi, selon de nombreux experts, les règles de l'OMC.
A Yaoundé, Ivan Enrile, de la fondation IBON, une ONG de développement basée aux Philippines, dénonce la volonté de Washington de "se débarrasser de la plus infime apparence de multilatéralisme, pour la remplacer par la coercition, les jeux de pouvoir et l'intimidation pure et simple".
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a lui expliqué à la ministérielle que "les mesures de politique commerciale des Etats-Unis constituent une réponse corrective à un système commercial, incarné par l'OMC, qui a cautionné et contribué à des déséquilibres graves et persistants".
Venue Yaoundé, Melanie Foley, directrice adjointe de Global Trade Watch du think tank américain Public Citizen, estime elle que "Trump tente de marquer des points politiques sur le plan intérieur avec ses attaques chaotiques contre le système commercial mondial".
Washington a publié deux documents sur la réforme de l'OMC, remettant en cause certaines règles fondamentales de l'organisation.
"En substance, les Etats-Unis posent un ultimatum: l'ordre mondial actuel ne correspond plus" à leurs objectifs, "et ils menacent de rendre l'organisation encore plus insignifiante s'ils n'obtiennent pas satisfaction", a dénoncé Jane Kelsey, spécialiste du droit à l'université de Auckland, également présente à Yaoundé.
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