Le média Disclose et RSF appellent à se mobiliser contre la "traque des sources"

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Une pancarte
Une pancarte "Journaliste arrêtée, démocratie en danger" lors d'un rassemblement, le 17 janvier 2023 à Paris, en soutien à la journaliste Ariane Lavrilleux, convoquée au tribunal de Paris pour ses travaux publiés par le média Disclose sur les liens entre une opération de renseignement française et l'Égypte ( Anna KURTH / AFP/Archives )

Le site d'investigation Disclose et Reporters sans frontières (RSF) ont appelé jeudi à "se mobiliser" contre une "traque des sources", au lendemain d'une décision judiciaire ordonnant la reprise des investigations sur les sources du média dans une série d'articles.

Ces derniers, publiés depuis 2019, portent sur des ventes d'armes françaises à l'étranger et sur l'opération "Sirli", une mission de renseignement française en Egypte que ce pays aurait détournée pour cibler et tuer des opposants.

Après des plaintes contre X du ministère des Armées, une instruction avait été ouverte en juillet 2022.

En septembre 2023, la journaliste Ariane Lavrilleux, co-autrice des articles, avait été perquisitionnée et placée en garde à vue - des mesures qui avaient choqué la profession. Elle avait échappé à la mise en examen, en étant placée sous le statut de témoin assisté début 2025.

A l'issue des investigations, les juges avaient prononcé un non-lieu en sa faveur, estimant que les papiers étaient "d'intérêt général, intéressant le public et le débat démocratique".

Revirement mercredi: non-lieu infirmé, et retour aux juges d'instruction. La cour d'appel "relance la traque de nos sources", s'est insurgée jeudi Ariane Lavrilleux lors d'une conférence de presse.

Cette "traque vise à faire peur à tous les lanceurs d'alerte, qui prennent des risques au quotidien pour faire émerger des informations cruciales sur des mensonges d'Etat, des crimes et des injustices", a-t-elle dénoncé.

"Mon affaire pourrait se démultiplier, il pourrait y avoir de nombreux autres journalistes et lanceurs d'alerte inquiétés", a-t-elle prévenu, appelant à "se mobiliser".

"Il faut qu'on ait une expression de la solidarité de la profession et des citoyens", a abondé Thibaut Bruttin, directeur général de RSF.

- "Sous surveillance" -

Avec la relance des investigations, Ariane Lavrilleux "pourrait être mise en examen alors qu'elle avait bénéficié d'un non-lieu" et "tous les signataires de l'article vont être auditionnés", anticipe Mathias Destal, cosignataire, et cofondateur de Disclose.

Il dénonce une volonté "d'intimider les journalistes" mais aussi de "priver les citoyens d'informations cruciales", et de "protéger les intérêts des industries d'armement".

Les juges d'instruction avait aussi renvoyé un ingénieur militaire pour qu'il soit jugé pour compromission du secret de la défense nationale - la juge estimant qu'il était la source de Disclose, ce que le militaire nie. Pour lui aussi, infirmation et investigations supplémentaires ordonnées.

Sollicitée par l'AFP, son avocate Margaux van der Have veut y voir une possibilité, pour son client, de connaître un autre destin judiciaire. Les investigations supplémentaires sont "susceptibles de renforcer ou d'affaiblir les charges actuelles", a-t-elle souligné.

"Ce qui me met en colère, c'est que la seule action du ministère public" face aux artices de Disclose est "d'avoir mis sous surveillance une rédaction" plutôt que d'enquêter sur les faits dénoncés par les journalistes, a fustigé Ariane Lavrilleux lors de la conférence de presse.

La journaliste se souvient "des filatures délirantes", "des agents de la DGSI dans son salon, fouillant ses carnets"... "Une escalade dans les mesures" policières et judiciaires prise à l'encontre des médias.

"Je n'avais jamais vu une géolocalisation de journaliste, mais cela a été mis en oeuvre dans ce dossier", pointe son avocat Christophe Bigot, spécialisé dans le droit de la presse. "Le domaine de la défense nationale est celui où il est le plus difficile de faire émerger la liberté de l'information", a-t-il considéré.

Me Bigot relève "une problématique sous-jacente importante: la surclassification". Aujourd'hui, ce sont "des agents qui classifient", et "cette classification détermine une infraction pénale extrêmement sévère". La chambre de l'instruction a estimé qu'il ne lui revenait pas "de dire s'il y avait surclassification, ni aux journalistes de l'admettre... Mais qui alors ? Devant qui peut-on remettre en cause une surclassification ? C'est un vrai enjeu de liberté de l'information".

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