A l'approche des municipales, le débat s'enflamme à gauche
La joute verbale constante entre La France insoumise et le Parti socialiste a atteint mercredi un très haut niveau de violence verbale autour de la figure clivante de Jean-Luc Mélenchon, accusé d'antisémitisme, avec le risque d'affaiblir les chances de la gauche aux élections municipales.
Le bureau national du PS a exacerbé mardi soir une situation déjà explosive en estimant que le leader insoumis avait véhiculé des "caricatures complotistes et propos antisémites intolérables" lorsqu'il a ironisé ou plaisanté sur la prononciation des patronymes juifs "Epstein" et "Glucksmann".
Ces reproches, que le parti à la rose n'avait jamais formulés aussi directement, ont provoqué la colère de Jean-Luc Mélenchon, qui se défend de tout antisémitisme et les a jugés "intolérables".
Insupportable "désolidarisation du combat antifasciste qui reprend les attaques de l'extrême droite", a ajouté l'ancien sénateur socialiste, le PS ayant aussi critiqué le mouvement d'ultragauche La Jeune Garde, lié à LFI et suspecté d'être mêlé à l'homicide de Quentin Deranque à Lyon.
"Je n'ai pas de leçon à recevoir d'un bourgeois sur son canapé qui fait de l'antisémitisme une expression commune dans beaucoup de ses discours", lui a répondu mercredi Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, sur Public Sénat.
Pour le socialiste, Jean-Luc Mélenchon est devenu "l'homme politique le plus détesté de ce pays" et risque de "mettre toute la gauche française au ban de la société".
Chacun accuse l'autre d'offrir un boulevard au Rassemblement national en attaquant son propre camp plutôt que l'extrême droite.
LFI, poursuivant l'escalade, a dénoncé mercredi dans un communiqué l'"irresponsabilité totale" de la direction du PS qui commet "une faute d'une gravité absolue" alors que la France "subit une offensive fasciste".
Accord ou pas?
L'hostilité croissante entre les Insoumis et les socialistes est devenue l'un des faits marquants de la campagne des municipales, scrutins organisés les 15 et 22 mars et qui ont valeur de test à environ un an de l'élection présidentielle.
Si le Parti socialiste et les Ecologistes partent souvent ensemble au premier tour des municipales, les Insoumis font généralement cavalier seul. Ils estiment cependant qu'ils feront liste commune avec le PS dans une cinquantaine de villes, le plus souvent sous l'égide de têtes de liste sans étiquette partisane.
Mais ces attaques semblent éloigner la perspective de potentielles alliances entre les deux tours, qui pourraient pourtant être cruciales dans certaines villes comme Toulouse.
Le Parti socialiste s'était dit ouvert à des alliances au cas par cas mais a de nouveau écarté mardi tout accord national. Il a évoqué l'idée d'un désistement en cas de risque de victoire du Rassemblement national, cas de figure possible à Marseille. Mais ce serait alors au candidat LFI Sébastien Delogu, moins bien placé, de se retirer.
La cheffe des Ecologistes, Marine Tondelier, a elle aussi posé des conditions pour toute alliance avec LFI.
- "Tambouilles locales"-
Les Insoumis disent eux vouloir créer le "rassemblement" s'ils arrivent en tête - un scénario qui semble peu probable dans la majorité des cas, à en croire les sondages.
Lors d'un meeting mercredi soir à Bondy (Seine-Saint-Denis), Jean-Luc Mélenchon a adopté un ton plus apaisé, même s'il a souligné que LFI avait "tiré" le PS "du néant" en créant l'alliance de gauche Nupes après le score piteux d'Anne Hidalgo à la présentielle 2022. "Quoi qu'il en soit, on ne peut pas laisser passer l'extrême droite", a-t-il concédé.
Concernant des accords de second tour, il a estimé que le PS avait laissé la porte ouverte à des "tambouilles locales" et que les troupes d'Olivier Faure n'allaient "pas nous coûter trop cher à acheter pour le deuxième tour, là où on les achètera".
Il a au passage qualifié les accusations d'antisémitisme à son encontre de "terrorisme intellectuel" et a souligné qu'il "butait toujours sur les noms" et avait eu pendant des années des difficultés à dire celui du nom de la députée LFI Nadège Abomangoli.
La veille, le tribun insoumis avait appelé les militants socialistes à se désolidariser des "consignes de division" de leur direction. Dans son dernier communiqué, LFI a pris soin de réserver ses attaques aux cadres socialistes, en faisant un appel du pied aux militants et candidats.
Le Parti socialiste, lui aussi, cherche à convaincre l'électorat et les troupes de LFI, pour contourner Jean-Luc Mélenchon sans se mettre à dos ses fidèles. Pierre Jouvet les a appelés à "ouvrir les yeux" car il existe "une autre voix politique à gauche".
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