De la Résistance à Trump : Saint-Pierre-et-Miquelon, 85 ans d'avant-poste face à Washington

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Vue du phare de la Pointe aux Canons, sur l'île française de Saint-Pierre, chef-lieu de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, le 18 septembre 2026
Vue du phare de la Pointe aux Canons, sur l'île française de Saint-Pierre, chef-lieu de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, le 18 septembre 2026 ( Ludovic MARIN / AFP )

En 1941, une poignée de marins de la France libre s'emparent sans un coup de feu de Saint-Pierre-et-Miquelon, contre l'avis des Etats-Unis. Ce dimanche, Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney doivent y afficher la "souveraineté des nations" face à Donald Trump.

Le président américain a publié début septembre une carte où la bannière étoilée recouvre le Canada, le Groenland et jusqu'à Saint-Pierre-et-Miquelon, archipel français de 240 km2 situé à une vingtaine de kilomètres des côtes canadiennes de Terre-Neuve.

La venue dimanche du premier chef de gouvernement canadien sur ce territoire est symbolique et très politique.

"Le message principal vise Washington", estime Frédéric Lasserre, directeur du Conseil québécois d'études géopolitiques.

Pour le Canada que Donald Trump menace régulièrement d'annexer, l'avantage est aussi de montrer qu'Ottawa "n'est pas isolé", dans un pays où "le sentiment est surtout d'humiliation" depuis le retour du républicain au pouvoir.

Hormis pour le Groenland, la carte de Donald Trump relève selon lui de la "rhétorique symbolique". Quant au président américain, "je ne suis pas sûr qu'il sache que Saint-Pierre est un territoire français", note le chercheur.

La souveraineté

La présidence française ambitionne quant à elle de faire de l'archipel la "base arrière d'une coopération polaire".

Une ambition que Frédéric Lasserre juge peu réaliste : selon lui, ce territoire n'a guère de "valeur réelle", car "c'est loin, c'est petit et le potentiel portuaire est très réduit".

Reste le principe de 1941 : la souveraineté.

Y renoncer, c'est accepter "une faiblesse qui va être mise à profit aussi bien par les ennemis que par les alliés", estime l'historien Frédéric Fogacci, de la Fondation Charles de Gaulle.

Vue de la commune française de Saint-Pierre, chef-lieu de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, le 18 septembre 2026
Vue de la commune française de Saint-Pierre, chef-lieu de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, le 18 septembre 2026 ( Ludovic MARIN / AFP )

En 1941, le régime de Vichy qui collaborait avec l'Allemagne nazie administrait l'archipel français.

Tout juste entrés en guerre après Pearl Harbor, les Etats-Unis gardaient pourtant un ambassadeur à Vichy et ne reconnaissaient pas la France libre, le mouvement du général de Gaulle qui continuait le combat et voulait rallier l'archipel.

"La légitimité de la France libre reposait sur sa capacité à exercer une souveraineté", explique l'historien Thomas Vaisset, de l'université Le Havre Normandie.

Consultés, les Alliés ont dit non.

"Expédition de fortune"

Opposé à toute intervention alliée en territoire français, de Gaulle a ordonné au vice-amiral Emile Muselier, commandant des Forces navales françaises libres, de passer outre.

La flottille, qui part du port canadien d'Halifax, "tient de l'expédition de fortune", raconte M. Vaisset.

"La plupart des canons et des lance-torpilles du Surcouf", le plus grand sous-marin du monde à l'époque, "sont tellement gelés qu'ils sont totalement hors d'usage", poursuit Frédéric Fogacci.

De nuit, 25 hommes débarquent sur l'île Saint-Pierre, face à des militaires aux fusils non chargés. En vingt minutes, les Français libres tiennent les centres de commandement.

Le secrétaire d'Etat américain Cordell Hull juge arbitraire l'action de ces "so-called Free French", c'est-à-dire "soi-disant Français libres".

La formule "se retourne" contre lui, "très critiqué par les grands médias américains", explique M. Vaisset.

En 1941, Washington comptait sur les Canadiens.

Dimanche, Ottawa et Paris doivent montrer l'unité du Canada, de la France et des Européens et la "souveraineté des nations" face aux attaques de Donald Trump.

De 1941 à aujourd'hui, Thomas Vaisset voit "des cycles dans les relations franco-américaines".

Avec une nouveauté : "Le fait qu'il y ait des menaces sur des territoires relevant d'Etats membres de l'Otan, c'est quand même surprenant", dit-il. "Ca change par rapport à la configuration née en 1945".

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