Un lycéen gravement blessé à la veille d'un "acte III" mardi
A la veille d'un acte III du mouvement lycéen auquel se joindront mardi des syndicats, la mobilisation est restée forte lundi en France avec des centaines d'établissements fermés et plusieurs incidents, dont un grave concernant un jeune de 15 ans ayant perdu une main.
"Ils pensent que parce qu'ils nous laissent nous exprimer sur une plateforme, sur internet, on va arrêter de bloquer, d'être en colère, sauf que la colère, elle est là depuis des années", témoigne Simon, du lycée Charlemagne dans le centre de Paris.
Manque de moyens, de professeurs, délabrement des locaux, Parcoursup... "les problèmes sont clairs", estime Alma, également élève dans ce même lycée. "Quand on voit la chute de notre classement sur PISA, c'est un système d'éducation qui ne fonctionne pas".
Les incidents sont globalement plus limités que ceux enregistrés en fin de semaine dernière. Le lycée parisien Nicolas Louis Vauquelin, dans le 13e arrondissement, a toutefois été touché par "un feu sur la porte d'entrée (...) par des individus extérieurs (qui) n'étaient pas des lycéens de l'établissement", selon le rectorat de Paris.
Mais la journée a été marquée par la blessure à Lens d'un jeune de 15 ans, qui a eu la main arrachée lors d'une manifestation, selon le préfet.
Un cas "humainement dramatique", a déploré M. Geffray, qui a précisé "ne pas savoir dans quelles conditions c'est intervenu".
Cent quatre-dix élèves ont été blessés depuis le début du mouvement, "pour l'essentiel du fait d'éléments accidentels", a-t-il décompté.
Plusieurs syndicats et associations ont accusé le gouvernement de "réprimer" les mobilisations lycéennes avec une brutalité "disproportionnée", pour faire taire des revendications "légitimes". Six enquêtes de la police des polices sont désormais en cours.
La Ligue des Droits de l'Homme a dénoncé "une dérive globale par rapport à l'État de droit".
"On veut le bac, pas la BAC", ou encore "On envoie des SOS, on reçoit des CRS", pouvait-on lire lundi à l'entrée du groupe scolaire Saint-Joseph-de-la-Madeleine à Marseille.
Acte III mardi
L'Union syndicale lycéenne a promis un "acte III" mardi, redouté par Matignon, qui estime que le mouvement a basculé vers des "violences urbaines".
Une intersyndicale de l'Éducation nationale a appelé à soutenir cet "acte III". "Les militantes et militants de la CGT seront là pour protéger les lycéennes et lycéens", a affirmé sa responsable Sophie Binet sur TF1.
Sur Sud-Radio, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a confirmé qu'il "craignait" un embrasement au niveau national du mouvement lycéen et étudiant. Lundi, l'Union étudiante a recensé 32 sites universitaires bloqués.
Parti mi-septembre de la région parisienne, le mouvement s'est étendu la semaine dernière, marquée par une multiplication d'incidents et d'affrontements avec les forces de l'ordre.
Depuis le début dE la mobilisation, l'exécutif recense 5.000 interpellations, dont environ 85% de mineurs, 24 établissements "incendiés ou saccagés" et "78 personnels de l'Education nationale blessés", "généralement par des personnes extérieures" aux lycées concernés, selon le ministre de l'Education Edouard Geffray.
La journée de mobilisation de mardi, "c'est une liberté qui se respecte et se protège", a-t-il souligné lundi. "Une grande partie du mouvement (...) dit en réalité, un désir d'école".
"Cinq chantiers"
Par la voix de son coordinateur Manuel Bompard, La France insoumise, pointée du doigt par le gouvernement, a affirmé dimanche "déplorer" les violences, mais regretté que l'exécutif "résume" le mouvement à ces débordements.
La porte-parole du gouvernement Maud Brégeon a annoncé que le projet de loi "casseurs-payeurs" serait examiné en première lecture au Sénat le 27 octobre, un texte qui vise à faire payer les dégâts à toute personne appartenant à un groupement ayant commis des dégradations, même si elle n'en est pas l'auteur.
Dans une feuille de route adressée dimanche soir à ses ministres, le chef du gouvernement Sébastien Lecornu demande que les cours reprennent "partout" où c'est possible, fixant un calendrier pour répondre en partie aux revendications. Il confie à ses ministres cinq chantiers, issus des sujets remontés par les conseils académiques de la vie lycéenne, avec "de premières décisions attendues avant la fin du mois".
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