"Du moment que le RN ne passe pas!", à Avignon, la fusion des gauches ne braque qu'à droite
A Avignon, la fusion des listes de gauche, acceptée par leurs électeurs, braque Olivier Galzi, arrivé en tête du premier tour. Le candidat sans étiquette la dénonce avec force, agitant le chiffon rouge du controversé député Raphaël Arnault et appelant à manifester jeudi contre "la violence et l'antisémitisme".
A l'intérieur des remparts de la Cité des papes, dans une rue commerçante et passante, Bernadette Deschamps, retraitée, "séduite" par l'ancien journaliste, "une surprise", se rendra à son appel à se mobiliser pour que la ville "ne tombe pas aux mains de LFI", selon les mots du candidat.
Elle qui n'a "jamais voté à gauche" explique "être contre les extrêmes" et la fusion des listes menées par le PS et LFI l'a renforcée dans ses convictions.
Moktar, 55 ans, sort d'une boulangerie du quartier prioritaire des Olivades quand il apprend la nouvelle: "Ils ont fusionné LFI et le PS?", et réagit dans un haussement d'épaules: "du moment que le RN ne passe pas!".
C'est ici, loin de l'intra-muros, qu'une quinzaine de militants de la nouvelle liste "ensemble et solidaires", rassemblant du PS à LFI, en passant par Génération.s, ont choisi de tracter ensemble.
Au pied des immeubles de logements sociaux, où des points de deal sont signalés par des tags sur les façades dégradées, les CRS patrouillent activement et fouillent les sacoches d'un groupe d'adolescents. Quand les militants frappent aux portes, on leur ouvre avec méfiance, mais le discours de "justice sociale" de la "seule liste de gauche qui reste" passe bien.
"Je comprends pas trop, vous n'étiez pas d'accord et maintenant vous fusionnez?" demande cependant une jeune femme. "Mais ok, l'essentiel c'est que la gauche gagne", conclut-t-elle.
Quasi-égalité sur la liste
Avignon, capitale mondiale du théâtre un mois par an, est aussi une ville très pauvre, dont 70% des habitants sont éligibles à un logement social.
La fusion "technique" des listes de la LFI Mathilde Louvain et du socialiste David Fournier, ex-adjoint de la maire sortante PS qui ne s'est pas représentée, s'est imposée au soir des résultats. Les deux ont fini à moins d'un point d'écart, 19,03% pour elle et 19,89% pour lui.
"On a respecté le choix des Avignonnais", assure David Fournier, en constituant une liste à quasi-égalité entre les deux anciens rivaux. Parmi les 18 candidats éligibles présentés par Mathilde Louvain, cette dernière insiste: "il y a moins de 10 LFI, qui constitueront un groupe autonome".
Pas "dans l'opposition", précise la trentenaire, "mais on garde la liberté de voter contre le budget s'il n'est pas à la hauteur du projet qu'on défend".
La fusion a fait des remous et certains ont préféré se retirer, à l'image de l'ancien colistier de David Fournier, Pierre Maurel, du Parti radical de gauche, qui a dénoncé le passage d'une "ligne rouge" et prédit: "ce sera difficile de gouverner dans ces conditions".
"Mains sales"
L'adversaire numéro un de la gauche, le candidat sans étiquette Olivier Galzi (27% des voix), accable lui les "compromissions partisanes" de ses rivaux.
"L'argument fallacieux du barrage antifasciste ne tient pas", insiste-t-il, rappelant que la candidate RN, Anne-Sophie Rigault, est arrivée derrière lui, avec 25% des voix.
Il agite comme chiffon rouge la figure de Raphaël Arnault, le député LFI d'Avignon, qui s'est totalement retiré de la campagne de Mathilde Louvain et de la vie publique après l'affaire Quentin Deranque.
Pour M. Galzi, le PS, en s'alliant avec les Insoumis, a "les mains sales".
Le "petit nouveau" en politique, raille le sénateur PS Lucien Stanzione, à la tête de la fédération du Vaucluse, qui "ferait bien de se calmer".
Selon lui, l'analyse que fait Olivier Galzi d'un risque RN faible est dangereuse: dans un département fief de l'extrême droite, où Avignon fait figure de citadelle assiégée, "Rigault progresse chaque fois, rien ne dit qu'elle ne progressera pas encore..."
jp/so/ dch
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