Municipales: le premier tour vire à un duel Bardella-Mélenchon au parfum de présidentielle
Test pour la présidentielle ? Le premier tour des élections municipales a renforcé le Rassemblement national et la France insoumise, confortés dans leur stratégie de nationalisation du scrutin et leur volonté de le réduire à un duel entre leurs candidat pour 2027.
Des alliances vont toutefois se nouer entre les deux tours, qui éclaireront sur le leadership à gauche, ou permettront de mesurer la tentation de la droite de se rallier à l'extrême droite. A moins qu'elles ne préfigurent le périmètre de potentielles primaires pour le bloc central et le "socle commun" qu'il forme depuis 2024 avec la droite.
Ces municipales sont le dernier scrutin d'envergure avant l'élection "reine" dans un an.
Le RN et LFI sont sortis confortés du premier tour dimanche, lors duquel la formation de Jean-Luc Mélenchon a fait une percée surprise dans certaines grandes villes comme à Saint-Denis, confirmé ses ambitions de conquête à Roubaix, malgré les polémiques, tandis que le RN progressait dans les villes moyennes.
Dans les villes de plus de 100.000 habitants "ce sont des mini-présidentielles, hyper personnalisées, et c'est là que LFI avait une fenêtre de tir", a expliqué lundi sur France Inter Brice Teinturier, directeur général d'Ipsos.
En revanche c'est "l'enjeu local" qui est le "principal levier" du vote dans les petites villes de moins de 30.000 habitants.
Clivage -
L'ordre des expressions des chefs de parti sur les chaînes télévisées dimanche soir était parlant, eu égard la course à l'Elysée.
Jordan Bardella, favori de la présidentielle dans les sondages, a pris la parole en premier, aussitôt les premières estimations publiées à 20H, comme pour asseoir le RN à la place du "premier parti de France", suivi aussitôt par le coordinateur de LFI Manuel Bompard, qui s'exprimait après le député LFI David Guiraud en passe de décrocher la mairie de Roubaix.
"Cela dit quelque chose de la présidentielle" et du duel que Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella espèrent tous les deux, estime Adélaïde Zulfikarpasic, directrice du pôle société d'Ipsos BVA, qui voit un retour du clivage droite-gauche "sur les extrémités", généré aussi par l'effacement des macronistes.
Ce premier tour, c'est "l'image qui se dégage pour la prochaine élection présidentielle", a affirmé sur RTL lundi le vice-président du RN Sébastien Chenu.
En 2027, "les Français veulent le changement et ils sont capables de l'exprimer de différentes façons", a-t-il ajouté en faisant référence à LFI qu'il a reconnu "forte dans les grandes villes", où elle approche de ses scores à la présidentielle en 2022.
- "Machine à perdre"
Troisième à s'exprimer, le prétendant déjà déclaré à l'Elysée Edouard Philippe, qui avait lié son destin national à son élection au Havre où il dispose d'une confortable avance, pourrait "rester dans la course" à l'Elysée comme "le plus à même de peser face à Jordan Bardella", note Mme Zulfikarpasic. Reste à savoir s'il pourra "agréger des forces centrifuges".
Car le jeu des alliances n'est pas encore lisible dans la perspective de 2027. L'AFP a calculé (hors Polynésie) à ce stade qu'il pourrait y avoir au deuxième tour une septangulaire, cinq sexangulaires, 49 quinquangulaires, 352 quadrangulaires, et 1.097 triangulaires.
Au centre, Edouard Philippe est favorable à un rapprochement à Paris entre son candidat Pierre-Yves Bournazel et celle de la droite Rachida Dati, tandis que le numéro deux d'Horizons Christian Estrosi, en difficulté à Nice face à Eric Ciotti, a appelé lundi la gauche à se retirer en sa faveur au nom d'un front républicain contre l'extrême droite.
Pour la droite et le centre, ces rapprochements pourraient pourtant aider à dessiner le périmètre de départage des candidats à la présidentielle.
"La machine à perdre, c'est la division", a mis en garde sur Europe 1 la ministre macroniste Aurore Bergé, qui milite pour une primaire, refusant de "laisser les Français choisir uniquement entre le RN et LFI".
A gauche, le Parti socialiste est traversé par deux attitudes. Si son candidat à Marseille Benoît Payan refuse toute fusion avec LFI, les candidats LFI et PS-Ecologistes à Toulouse ou Limoges ont annoncé une "liste commune", tandis qu'à Montpellier, le maire socialiste sortant a pour adversaire... une candidate LFI.
Refuser tout accord avec le parti mélenchoniste "nous mène à une gauche qui ne pourra plus gagner ni aux municipales ni à la présidentielle", a prévenu lundi la leader des Ecologistes Marine Tondelier.
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