Votre navigateur (${ userBrowser.name + ' ' + userBrowser.version }) est obsolète. Pour améliorer la sécurité et la navigation sur notre site, prenez le temps de mettre à jour votre navigateur.      

Au Bangladesh, l'art du tissage de sari de Tangail ne tient plus qu'à un fil

| AFP | 173 | Aucun vote sur cette news
Un artisan travaille sur un métier à tisser traditionnel dans un atelier de Tangail, le 2 mars 2026 au Bangladesh
Un artisan travaille sur un métier à tisser traditionnel dans un atelier de Tangail, le 2 mars 2026 au Bangladesh ( Munir UZ ZAMAN / AFP )

Même s'il vient d'être officiellement consacré par l'Unesco, l'art multicentenaire du tissage de sari de Tangail file un mauvais coton au Bangladesh, menacé par l'irrémédiable évolution des modes et la compétition économique.

Dans son atelier de la ville qui a donné son nom à son artisanat, Ajit Kumar Roy ne se fait plus guère d'illusion sur l'avenir de la technique qu'il s'efforce de perpétuer.

"Ce n'est que du travail pénible", résume le tisserand de 35 ans en triant les fils sur son métier. "Il faut bouger en même temps les mains, les jambes et les yeux", détaille-t-il, "une petite erreur et il faut tout recommencer".

Qu'il soit en coton, en soie ou en jute, le sari - une étoffe réalisée à la main - de Tangail se distingue par la finesse de ses dessins et la particularité de ses motifs.

Il est ici une affaire d'hommes, chargés du tissage, du choix des motifs et de ses couleurs. Aux femmes la fabrication du fil ou l'application de l'amidon de riz sur l'étoffe.

Un métier à tisser traditionnel utilisé pour tisser des saris dans un atelier à Tangail, le 2 mars 2026 au Bangladesh
Un métier à tisser traditionnel utilisé pour tisser des saris dans un atelier à Tangail, le 2 mars 2026 au Bangladesh ( Munir UZ ZAMAN / AFP )

En décembre, l'Unesco a inscrit la pratique à sa longue liste du patrimoine immatériel de l'humanité, témoignage "des pratiques sociales et culturelles" des populations locales.

Mais le secteur se porte mal, victime des modes qui changent, du manque d'aides publiques et des variations des prix de la laine. Il ne s'est jamais vraiment remis de sa dégringolade pendant la pandémie de Covid.

Ajit Kumar Roy affirme que le nombre de métiers à tisser utilisés par son patron a été depuis réduit de moitié. "Certaines usines ont fermé leurs portes", ajoute-t-il.

Question de frontières

De nombreux tisserands n'ont eu d'autre choix que de se reconvertir. "On gagne 700 takas (environ 6 dollars) par sari et il faut au moins deux jours pour en produire un", détaille-t-il, "comment faire vivre une famille avec 350 takas par jour?"

Un artisan travaille sur un métier à tisser traditionnel dans un atelier de Tangail, le 2 mars 2026 au Bangladesh
Un artisan travaille sur un métier à tisser traditionnel dans un atelier de Tangail, le 2 mars 2026 au Bangladesh ( Munir UZ ZAMAN / AFP )

A la tête de l'association des tisserands, Raghunath Basak, 75 ans, redoute que son art ne disparaisse avec lui. "Mon fils a embrassé la même profession mais je ne sais pas comment il va s'en sortir une fois que j'aurai quitté le métier."

Malgré une poignée de clients prestigieux - des dirigeants de l'Etat indien frontalier du Bengale occidental à l'ex-Première ministre bangladaise Sheikh Hasina qui en a porté un au siège des Nations unies à New York - l'industrie décline.

Un commerçant présente un sari traditionnel de Tangail à une cliente dans un magasin, le 2 mars 2026 à Tangail, au Bangladesh
Un commerçant présente un sari traditionnel de Tangail à une cliente dans un magasin, le 2 mars 2026 à Tangail, au Bangladesh ( Munir UZ ZAMAN / AFP )

Et les tensions politiques entre l'Inde et le Bangladesh n'ont rien arrangé. "Nous avions l'habitude d'exporter nos saris par la route et d'importer la laine lorsque ses prix augmentaient ici", se souvient Raghunath Basak, "maintenant la frontière est fermée et rend les exportations quasi-impossibles".

Jusque dans les années 1960, les saris étaient l'un des symboles de l'identité de ce qui était encore le Pakistan oriental.

Mais les préférences des consommateurs ont changé. Si elle continue à enrichir sa garde-robe d'une vingtaine de saris de Tangail chaque année, Kaniz Neera, 45 ans, a bien compris qu'ils ne séduisent plus la jeune génération.

Kaniz Neera, vêtue d'un sari traditionnel de Tangail, lors d'un entretien avec l'AFP à Dacca, le 3 mars 2026 au Bangladesh
Kaniz Neera, vêtue d'un sari traditionnel de Tangail, lors d'un entretien avec l'AFP à Dacca, le 3 mars 2026 au Bangladesh ( Munir UZ ZAMAN / AFP )

"Ma mère en portait aussi bien à la maison qu'à l'extérieur", souligne-t-elle. "Maintenant, les jeunes femmes n'en portent plus que pour les occasions exceptionnelles."

L'auteur Shawon Akand refuse toutefois d'enterrer un artisanat qui a connu son apogée lorsque l'empire moghol régnait sur la péninsule indienne (XVIe-XIXe siècles). "Les tisserands de Tangail sont les héritiers de traditions ancestrales", rappelle-t-il, "le sari de Tangail va évoluer et, j'en suis sûr, résister".

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 08/03/2026

La PDG de Levi Strauss & Co Michelle Gass pose le 2 mars 2026 dans un magasin Levi's à Paris ( JOEL SAGET / AFP )Féminiser la clientèle et l'habiller aussi "de la tête aux pieds": le leader…

À LIRE AUSSI SUR MES ACTIONS
Publié le 12/03/2026

L’annonce de la libération de 400 millions de barils de pétrole par l'AIE devait calmer les marchés, mais l'impact sur les indices reste quasi nul. Le CAC 40 et le S&P 500 flirtent toujours avec…

Publié le 12/03/2026

La Bourse de Paris a terminé en léger repli, la guerre au Moyen-Orient continuant de peser sur le moral des investisseurs malgré l'annonce par l'Agence internationale de l'énergie (AIE)…

Publié le 12/03/2026

Votre rendez-vous quotidien avec les petites et moyennes capitalisations ! Chaque jour, retrouvez l’analyse d’Eric Lewin sur les valeurs Small & Mid Caps du moment qui font l’actualité.

Publié le 12/03/2026

(Zonebourse.com) - Le groupe fait le point sur son exposition au Moyen-Orient. Plusieurs sites ont suspendu leur production, mais le management s'emploie à indiquer que l'impact financier reste…

Publié le 12/03/2026

(Zonebourse.com) - La tension reste palpable sur le FOREX alors que le "VIX" ( 10%) progresse au-delà de 26,60, c'est à dire, la "zone d'inconfort". La recherche d'actifs refuge a repris depuis…