Anthropic pose un jalon vers une entrée en Bourse majeure, en parallèle d'OpenAI et SpaceX
Le fleuron américain de l'intelligence artificielle (IA) Anthropic, créateur du modèle Claude, a déposé son projet confidentiel d'introduction en Bourse, a annoncé lundi l'entreprise, en pleine frénésie financière américaine autour de cette révolution technologique.
La start-up de San Francisco, connue pour son développement axé sur les outils professionnels et une image de sécurité, précise dans son communiqué que la décision définitive d'entrer en Bourse "dépendra des conditions de marché et d'autres facteurs".
Le dossier, déposé auprès du régulateur américain des marchés financiers, la SEC, reste pour l'heure confidentiel. Outre l'examen réglementaire, il permet de tester le marché, quitte à renoncer ou à reporter l'introduction.
Cette démarche signale l'accélération du calendrier pour l'une des trois introductions en Bourse hors-norme attendues cette année à Wall Street, avec celle d'OpenAI et l'entrée imminente de SpaceX, le géant spatial d'Elon Musk.
"Cela ouvre les vannes du marché des introductions en Bourse, relativement atone depuis quelques années", s'est félicité lundi l'analyste financier Dan Ives, de Wedbush. Après une nouvelle levée de fonds record annoncée jeudi, Anthropic est valorisé 965 milliards de dollars, devançant pour la première fois son rival OpenAI (852 milliards) d'où proviennent ces fondateurs.
La montée en puissance d'Anthropic, dont la valorisation a quasi triplé en trois mois, repose sur un pari: livrer l'IA générative en priorité aux entreprises, là où OpenAI avait investi d'abord le marché grand public, largement dominé par son ChatGPT et par les outils Gemini de Google.
"Nous allons bientôt savoir si le marché considère l'IA comme une affaire grand public ou une affaire de professionnels", a commenté l'analyste Nate Elliott, de chez Emarketer, selon qui Claude touchera en 2026 moins de 6% des utilisateurs américains contre environ 37% pour ChatGPT et 27% pour Gemini.
L'entreprise de la fratrie Dario et Daniela Amodei affirme que son chiffre d'affaires annualisé (une extrapolation sur 12 mois des revenus récents) a franchi les 47 milliards de dollars, contre 14 en février.
Ce bond illustre l'adoption accélérée de ses outils, au premier rang desquels Claude Code, son assistant de programmation pour développeurs. Sur ce terrain, OpenAI a refait une partie de son retard avec son outil Codex et son revenu annualisé, aussi sur une trajectoire exponentielle, dépasserait au moins 30 milliards de dollars, selon les estimations.
Factures qui explosent
Ces revenus colossaux restent toutefois très inférieurs aux plusieurs centaines de milliards de dollars investis par les géants de la tech américaine pour acheter des millions de puces, construire, électrifier et refroidir les centres de données géants associés et attirer les meilleurs ingénieurs.
Le succès commercial d'Anthropic s'est accompagné de difficultés pour servir la demande, nombre de clients se plaignant d'épuiser trop vite leur quota ou de voir exploser leurs factures.
En réponse, l'entreprise a multiplié les accords pour trouver plusieurs gigawatts de capacité de calcul auprès d'Amazon, de Google et de Broadcom.
Début mai, elle s'est même résolue à signer un accord remarqué avec un de ses rivaux les plus critiques, Elon Musk, pour lui louer un centre de données géant construit pour son laboratoire xAI, désormais absorbé dans SpaceX.
Le multimilliardaire est en voie de précéder Anthropic et OpenAI à Wall Street: SpaceX pourrait voir ses actions s'échanger dès le 12 juin, visant une levée record d'environ 75 milliards de dollars.
Anthropic a aussi fait grand bruit en dévoilant il y a deux mois l'existence de Mythos, son modèle de pointe non public, présenté comme capable de détecter des vulnérabilités informatiques à une vitesse et une échelle sans précédent.
L'annonce, qui a valu à Anthropic de accusations de jouer le "marketing de la peur", a agité les gouvernements et les régulateurs, inquiets face aux risques de cyberattaques.
Un autre obstacle sur la route d'Anthropic demeure son conflit avec l'administration Trump.
Le gouvernement américain l'a désigné comme "risque pour la chaîne d'approvisionnement" nationale après son refus de lever ses restrictions sur l'utilisation de ses modèles pour la surveillance de masse et les armes létales autonomes. Le Pentagone a rompu ses contrats avec l'entreprise, qui conteste ces décisions en justice.
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