Au Bangladesh, avec les ouvriers du textile en quête de salaires décents
Depuis sept ans qu'elle fabrique des vêtements pour les grandes marques étrangères, Amena n'avait jamais connu des fins de mois aussi difficiles. A 27 ans, l'ouvrière bangladaise perçoit tout juste de quoi payer son loyer et nourrir ses parents.
"Je gagne environ 12.500 takas (90 euros)", confie-t-elle. "Le plus haut salaire que j'ai jamais touché montait jusqu'à 26.000 takas par mois (185 EUR). Mais c'était il y a des années..."
La jeune femme, qui ne souhaite être identifiée que par son prénom par peur des représailles de son patron, explique que sa rémunération a chuté lorsqu'elle a quitté le service qualité de son atelier pour passer derrière une machine à coudre.
Elle le sait, son salaire mensuel du moment ne dépasse guère le prix de détail en Europe ou en Amérique du Nord d'un des leggings ou des jeans produits dans l'atelier qui l'emploie à Gazipur, dans la banlieue de la capitale bangladaise Dacca.
Deuxième exportateur mondial de vêtements, le Bangladesh emploie 4 millions d'ouvriers dans quelque 4.000 usines textiles et en tire plus de 80% de ses revenus en devises étrangères.
Depuis samedi, nombre de ses employés ne se satisfont plus de leur rémunération.
Dans une économie plombée par une forte inflation - plus de 8% en septembre - aggravée par la hausse mondiale des prix du pétrole et du gaz pour cause de guerre au Moyen-Orient, ils ont cessé le travail pour exiger une hausse de leur salaire minimum.
Le gouvernement a mis en place dimanche un comité chargé de négocier les hausses mais la
colère des ouvriers ne retombe pas. Des milliers d'entre eux défilent dans les rues et les incidents violents avec les forces de l'ordre se multiplient.
Seule une augmentation conséquente - de 12.500 takas en moyenne (90 EUR) aujourd'hui à 30.000 takas (215 EUR) - leur permettrait de continuer à couvrir leurs frais d'alimentation, logement, transport ou santé, plaident les manifestants.
"Travail forcé"
Amena par exemple détaille payer 4.500 takas de loyer par mois et en verser 5.000 autres pour subvenir aux besoins de ses parents qui vivent dans le district de Dinajpur, au nord-ouest de Dacca.
N'en restent que 3.000 (21 euros) pour le reste.
"Je n'ai pas d'argent de côté", insiste l'ouvrière. "Mes os me font souffrir, je dois prendre des médicaments. Je n'ai donc pas les moyens de me payer du poisson ou de la viande régulièrement."
"Ce n'est plus possible de vivre comme ça, mais je n'ai pas le choix", poursuit Amena. "C'est un peu du travail forcé, même si personne ne nous y contraint. Mais nous devons travailler et les usines textiles sont notre seule solution à disposition".
Industriels, gouvernement et institutions financières soulignent tous le rôle prépondérant joué par le textile dans le bond en avant économique accompli par le Bangladesh depuis son indépendance en 1971.
Et si les conditions de travail de ses ouvriers se sont améliorées après
l'effondrement de l'immeuble-atelier du Rana Plaza - plus de 1.100 morts à Dacca en 2013 - leurs salaires n'ont pas suivi.
Contraint de quitter l'école pour contribuer aux dépenses de sa famille, Sabbir, 18 ans, travaille dans un petit atelier du district d'Ashulia pour une paie mensuelle de 12.000 takas.
Une fois sa chambre toute proche de l'usine payée, il dit garder "1.500 takas d'argent de poche" et donner le reste à sa mère. "Les prix du gaz de cuisson ont augmenté", s'inquiète le jeune homme, "on a toujours peur d'en manquer".
Alors pour sa collègue Nupur, 30 ans, c'est une évidence. Le gouvernement n'a d'autre choix que de satisfaire rapidement leurs revendications.
"Ceux qui travaillent dans le service public n'ont pas besoin de la demander, ils en bénéficient automatiquement", plaide-t-elle. "Pourquoi faudrait-il que nous soyons, nous, obligés de nous battre pour profiter de la même chose ?"
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