Canicule: le ministre du Travail veut s'inspirer de ce qui se fait en Espagne
Horaires condensés, refuges climatiques ou arrêts codifiés, le ministre français du Travail, accompagné des partenaires sociaux, a cherché l'inspiration mercredi à Madrid pour mieux protéger les travailleurs sous les fortes chaleurs sans stopper l'activité.
"L'Espagne sait fonctionner en dépit de températures élevées, donc la réponse n'est pas de tout arrêter, mais de s'adapter", a déclaré Jean-Pierre Farandou, lors d'une conférence de presse avec son homologue espagnole Yolanda Diaz.
Le ministre français veut établir un "cadrage national" à l'issue de ce "voyage d'études", souhaité dès juin quand les premiers épisodes de canicule avaient ouvert un été historiquement chaud en France, et "ensuite demander aux branches et aux secteurs de mettre en place les renforcements nécessaires".
En raison de la proximité de la présidentielle, une "voie législative est plus complexe" à trouver, sans garantie de pouvoir aboutir, a-t-il admis.
Un "groupe de travail" devrait être mis en place à Paris pour "débriefer" les enseignements de ce voyage d'étude, a aussi expliqué le ministre, plaidant pour trouver des solutions avant les prochains mois chauds: "Il faut que pour la prochaine canicule en juin l'année prochaine, on ait renforcé les moyens de prévention pour être encore plus efficaces, pour préserver la santé des travailleurs, en gardant la continuité de l'activité".
Des représentants de cinq syndicats français et des trois organisations patronales représentatives ont fait le voyage.
"On a vu et on a pu entendre l'expérience espagnole", a expliqué Isabelle Mercier, secrétaire nationale de la CFDT, après la visite d'un chantier à Madrid: "Les Espagnols ont vraiment de l'avance sur le système français et cette avance, ils l'ont construite par le dialogue social avec les organisations syndicales et patronales et ils l'ont adaptée en fonction des réalités territoriales et des réalités professionnelles".
Journée continue
"Ce voyage confirme ce que la CGT revendique depuis longtemps: face aux fortes chaleurs et aux intempéries, la France est très en retard", a estimé Sophie Binet, sa secrétaire générale, soulignant l'"urgence à modifier le code du travail pour intégrer les protections qui existent déjà chez nos voisins".
Le nombre de travailleurs dont le décès peut être imputé à la chaleur en France cet été n'a pas encore été communiqué par la Direction générale du travail. La CGT l'estime à une vingtaine. Le syndicat réclame notamment l'inscription de températures de référence dans le code du travail, qui déclencheraient des mesures obligatoires d'adaptation ou d'arrêt d'activité.
En Espagne, la législation a défini depuis les années 1990 la température devant régner dans les bureaux à une fourchette allant de 17 à 27°C, et à 14 à 25°C celle des locaux où sont réalisés des "travaux légers". En France, le Code du travail impose à l'employeur de maintenir une température adaptée à l'activité des salariés, mais sans définir de températures précises.
L'Espagne a également adopté un protocole spécial qui doit être déployé par les employeurs en cas d'alertes orange et rouge émises par l'agence météorologique nationale, comprenant la modification des horaires si les autres mesures de protection ne suffisent pas. Dans certains cas, le système de journée continue, sur des horaires plus matinaux et sans pause méridienne, par exemple de 08H00 à 15H00, peut aussi être appliqué entre juin et septembre.
Ce système dit de "jornada intensiva" ("journée intensive") a été jugé intéressant par Jean-Pierre Farandou, de même que les modalités d'arrêt d'activités qui sont négociées dans des accords collectifs, applicables donc à toutes les entreprises d'un secteur, et le développement de refuges climatiques.
"Le dialogue entre le monde du travail et la société est important", a relevé le ministre français, pour que riverains et usagers acceptent des décalages de travaux en dehors de l'été ou très tôt le matin.
En France, un décret de juin 2025 a renforcé les obligations des entreprises en cas de forte chaleur, comme fournir suffisamment d'eau fraîche, adapter l'organisation du travail ou procurer des équipements adéquats, avec des mesures graduées selon les niveaux de vigilance Météo-France.
Mais selon les syndicats, ces obligations sont insuffisamment respectées dans les entreprises.
Une question qui se pose aussi en Espagne, selon la CGT. "Les syndicats espagnols nous ont rappelé que l'Espagne avait encore beaucoup de progrès à faire, notamment pour garantir la pleine application de ces dispositifs", selon Sophie Binet.
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