La Nobel de la paix Navi Pillay, infatigable défenseure des droits humains

| AFP | 88 | Aucun vote sur cette news
L'ancienne Haute-Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU, Navi Pillay, le 20 janvier 2023à Johannesburg, en Afrique du Sud
L'ancienne Haute-Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU, Navi Pillay, le 20 janvier 2023à Johannesburg, en Afrique du Sud ( Wikus de Wet / AFP )

L'ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, la Sud-africaine Navi Pillay poursuit depuis plus de 50 ans son inlassable combat pour la défense des droits humains qui l'a mené à siéger à la Cour pénale internationale ou à la tête du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Âgée de 85 ans, elle s'est forgé une solide réputation dans l'art de traiter des dossiers difficiles, au cours d'une carrière de plusieurs décennies entamée dans les tribunaux sud-africains et qui lui a valu le prix Nobel de la paix vendredi.

Elle a acquis une renommée mondiale pour ses vives critiques de la répression exercée par des gouvernements contre les manifestations populaires dans le monde arabe, notamment en Libye et en Syrie.

Entre 2021 et 2025, elle a présidé une commission d'enquête de trois membres créée par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU pour examiner les causes profondes du conflit entre Israël et les Palestiniens.

La commission d'enquête, qui ne s'exprime pas au nom de l'ONU, avait établi qu'Israël commettait un génocide à Gaza depuis le début de la guerre déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas du 7-Octobre. Israël avait "rejeté catégoriquement" ce "rapport biaisé et mensonger".

Mme Pillay exerce actuellement les fonctions de juge ad hoc à la Cour internationale de justice, la plus haute instance judiciaire de l'ONU. Elle est en charge d'un dossier dans lequel la Gambie accuse le pouvoir birman de violations de la Convention des Nations unies sur le génocide de 1948.

Pionnière dans son pays

Née en 1941 dans la ville côtière de Durban (est), fille d'un chauffeur de bus et issue d'une famille d'origine tamoule, Navi Pillay a mené une carrière hors-normes.

Elle grandit dans un quartier pauvre de la ville portuaire, étudie le droit puis décroche un doctorat à la prestigieuse université américaine d'Harvard.

Elle devient alors la première femme de couleur à ouvrir un cabinet d'avocats dans sa province du KwaZulu-Natal et défend avec acharnement les opposants à l'apartheid. En 1973, elle obtient le droit pour les prisonniers politiques d'accéder à un avocat.

Un an après l'élection de Nelson Mandela en 1994, elle devient la première femme de couleur nommée à la Haute cour d'Afrique du Sud. La même année, avec l'appui de Mandela, elle siège au Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Elle fait partie des juges qui ont rendu une décision historique conduisant à la reconnaissance du viol en tant qu'arme du génocide.

En 2008, elle est nommée Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, jusqu'en 2014.

Généralement en blazer, parfois en sari lors de ses apparitions publiques, la juriste mondialement reconnue dit cuisiner et jouer parfois au golf.

"Pleurer ou se battre"

Son enfance dans la société profondément injuste du régime d'apartheid l'a poussée à combattre la discrimination partout et lui a valu la réputation de défendre les victimes d'injustice à travers le monde.

Navi Pillay, alors Haute-Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU, en mission au Soudan du Sud le 29 avril 2014
Navi Pillay, alors Haute-Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU, en mission au Soudan du Sud le 29 avril 2014 ( Isaac Alebe Avoro / UNMISS/AFP/Archives )

"Nous avons subi les pires insultes et discriminations raciales, avons été maltraités et traités comme des moins que rien", racontait Mme Pillay à l'AFP lors d'un entretien en 2023. La communauté indienne était classée comme un groupe racial distinct sous l'apartheid et était soumise à de nombreuses discriminations.

Le choix était alors simple: être "faible et pleurer" ou "se battre à chaque match", souligne-t-elle. "J'ai toujours su qui j'étais et comment combattre toute forme de discrimination. En osant prendre la parole et en la condamnant. C'est ce que j'ai fait à l'ONU", ajoutait-elle.

Lors de cet entretien, elle avait reconnu que sa mission à la tête de la commission onusienne chargée d'enquêter sur les atteintes aux droits dans les Territoires palestiniens et en Israël avait sans doute été la plus ardue.

Elle avait à cette occasion été accusée d'antisémitisme, une accusation qu'elle avait balayée avec son habituel franc-parler: "Ce serait drôle si ce n'était pas aussi absurde".

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 09/10/2026

Photo publiée le 9 avril 2010 par le bureau du shérif du comté de Bell montrant Nidal Hasan après son transfert à la prison du comté de Bell, à Belton, au Texas ( Handout / BELL COUNTY…

Publié le 09/10/2026

La chanteuse et rappeuse franco-congolaise Theodora à son arrivée à la 4e édition des Flammes à la Seine Musicale, à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, le 23 avril 2026 ( SIMON…

Publié le 09/10/2026

Nidal Hasan, le 9 avril 2010 à Belton aux Etats-Unis ( Handout / BELL COUNTY SHERIFFS DEPARTMENT/AFP/Archives )La mise à mort par un peloton d'exécution de l'auteur d'une tuerie sur une base…

Publié le 09/10/2026

Des protestataires tiennent une banderole lors d'une manifestation de lycéens, le 8 octobre 2026 à Bron (Rhône) ( JEFF PACHOUD / AFP )Retour en classe ou poursuite des blocages ? L'incertitude…

Publié le 08/10/2026

Manifestation de lycénes à Marseille, le 8 octobre 2026 ( Miguel MEDINA / AFP )Voici les derniers développements jeudi, jour de "l'acte IV" du mouvement des lycéens parti mi-septembre de la…

À LIRE AUSSI SUR MES ACTIONS
Publié le 09/10/2026

Le CAC40 cash a clôturé la séance en baisse 0,51% à 7 729,69 points dans un volume soutenu de 4.038 MD€.

Publié le 09/10/2026

Les valeurs européennes de la consommation de base ont souvent déçu ces dernières années, mais leur situation pourrait s'améliorer.

Publié le 09/10/2026

(Zonebourse.com) - Arverne, fournisseur français de solutions géothermales, annonce que la Commission européenne a désigné Lithium de France comme projet stratégique dans le cadre du Critical…

Publié le 09/10/2026

(Zonebourse.com) - Cogra a réalisé un chiffre d'affaires de 10,5 millions d'euros au premier trimestre de son exercice 2026/2027, en hausse de 6,7% sur un an, malgré des conditions climatiques peu…