Violences sexistes et sexuelles : la loi intégrale arrive à l'Assemblée, les associations retournent dans la rue

| AFP | 292 | Aucun vote sur cette news
Vue d'une pancarte lors d'une manifestation après la mort de Lyhanna, le 29 juin 2026 à Paris
Vue d'une pancarte lors d'une manifestation après la mort de Lyhanna, le 29 juin 2026 à Paris ( Julie SEBADELHA / AFP/Archives )

Ils veulent "maintenir la pression" : plusieurs centaines de personnes ont manifesté lundi soir devant les tribunaux, au premier jour d'examen en commission de la loi intégrale contre les violences sexuelles, pour qu'elle aille "jusqu'au bout", et soit suivie de moyens humains et financiers.

"On reprend la mobilisation", entamée début juin dans le sillage de l'affaire Lyhanna, "jusqu'à ce qu'on ait une loi intégrale, avec un budget vraiment intégré", a expliqué Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.

"Tout ce qu'on a obtenu, on l'a arraché grâce aux mobilisations. Il faut maintenir la pression", a-t-elle dit.

Un millier de personnes, en majorité des femmes, étaient notamment réunies à Paris devant le ministère, place Vendôme, a constaté l'AFP.

"Ce n’est pas possible que l’inceste et les violences sexuelles continuent dans notre pays, sans qu’il ne se passe rien. Il faut une loi qui couvre la totalité du problème, qui ne s’occupe pas seulement de la répression" mais aussi "de la prévention, la formation des personnes en lien avec les enfants", a commenté Émilie Sarrand, professeure de couture de 49 ans.

Parmi le peu d'hommes présents, Joël Marchand, 62 ans, ingénieur informaticien, veut la voir adoptée "le plus vite possible". "On a mis du temps à ouvrir la boîte de Pandore concernant les violences sexuelles dans l’Eglise. Là, on se rend compte que sur le plan scolaire et familial il a un problème d’ampleur, que je n’imaginais pas".

"Une chance" d'agir

Cette loi "n'est pas parfaite" mais "représente une chance" d'agir, qu'on "ne peut pas louper", a aussi jugé Régine, 66 ans, préférant rester anonyme. "Mais il faut y associer des budgets", notamment "pour offrir des espaces d’écoute" aux victimes.

Plusieurs centaines de personnes étaient aussi réunies à Toulouse, sous la bannière de la Coalition féministe et enfantiste, le regroupement d'associations organisatrices.

Il faut aujourd'hui en moyenne 77 mois entre une plainte pour viol et la fin de la procédure, a souligné dans la foule Alexandra Nougarede, syndicaliste FSU dans l'enseignement. Xavier, 48 ans, venu pour la deuxième fois, s'est lui dit scandalisé que le ministre de la Justice "somme les magistrats de faire plus" sans leur en donner les moyens.

La proposition de loi intégrale, retravaillée cet été après l'avis du Conseil d'Etat, est arrivée lundi en commission spéciale à l'Assemblée nationale, où elle sera amendée, avant son examen en séance publique début octobre.

La députée socialiste Céline Thiébault-Martinez arrive à l'Assemblée nationale, à Paris, le 8 juillet 2024
La députée socialiste Céline Thiébault-Martinez arrive à l'Assemblée nationale, à Paris, le 8 juillet 2024 ( Bertrand GUAY / AFP/Archives )

Les 69 articles, portés par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez, s'inspirent des 140 propositions formulées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants dès 2024.

L'objectif est de couvrir toute la chaîne des violences: de la prévention au repérage des victimes jusqu'au jugement des auteurs.

Selon Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes, "il n'y avait pas de volonté politique pour ça". "Il a fallu qu'arrive le drame de l'affaire Lyhanna pour que les politiques cèdent".

"Dysfonctionnement systémique"

Lyhanna, collégienne de 11 ans, avait été retrouvée morte dans le Gers en juin. Son violeur et meurtrier présumé, Jérôme Barella, avait, par le passé, fait l'objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineures sans être inquiété.

"Cette affaire a montré qu'il existe une défaillance, un dysfonctionnement systémique. Il faut avoir une réflexion pour remettre le système à l'endroit", a commenté Arnaud Gallais, président de Mouv'Enfants, une organisation de victimes d'inceste.

Parmi les mesures phares de cette proposition de loi: la détection précoce des victimes, la mise en place de juridictions spécialisées, le renforcement des actes d'enquêtes ou encore la reconnaissance de l'inceste comme un crime à part entière
Parmi les mesures phares de cette proposition de loi: la détection précoce des victimes, la mise en place de juridictions spécialisées, le renforcement des actes d'enquêtes ou encore la reconnaissance de l'inceste comme un crime à part entière ( Damien MEYER / AFP )

Parmi les mesures phares de cette proposition de loi: la détection précoce des victimes, la mise en place de juridictions spécialisées, le renforcement des actes d'enquêtes ou encore la reconnaissance de l'inceste comme un crime à part entière.

La discussion en séance publique, initialement attendue le 28 septembre, lors d'une session extraordinaire, a été repoussée à début octobre.

Interrogée par l'AFP, la ministre de l’Égalité femme/homme, Aurore Bergé a dit souhaiter une adoption "avant la fin du quinquennat" et affirmé que le budget de la loi, estimé à 3 milliards d'euros annuels "ne serait pas un blocage".

"La mobilisation de la société civile a payé. Il revient désormais au Parlement et au gouvernement de prendre le relais", a déclaré à l'AFP Aude Doumenge, responsable du plaidoyer de Face à l'inceste. "Le travail continue", a sobrement indiqué la députée Céline Thiébault-Martinez, à l'issue de ce premier jour d'examen.

cbr-vmt-ads-eva/rap/cbn

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 05/09/2026

Une proposition de loi intégrale très attendue contre les violences sexistes et sexuelles entame lundi son parcours législatif ( Damien MEYER / AFP/Archives )Après l'affaire Lyhanna, une…

Publié le 05/09/2026

La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet à Paris le 11 juin 2026 ( SIMON WOHLFAHRT / AFP/Archives )Trouver des économies, mais pas sur le dos de ceux qui travaillent : à l'approche de…

Publié le 04/09/2026

La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, à l'Assemblée nationale, Paris le 21 juillet 2026 ( Dimitar DILKOFF / AFP/Archives )La ministre chargée de…

À LIRE AUSSI SUR MES ACTIONS
Publié le 10/09/2026

La Bourse de Paris a terminé dans le rouge, toujours affectée par les tensions géopolitiques. La situation demeure particulièrement tendue autour du détroit d’Ormuz, où l’armée américaine…

Publié le 10/09/2026

Votre rendez-vous quotidien avec les petites et moyennes capitalisations ! Chaque jour, retrouvez l'analyse d'Eric Lewin sur les valeurs Small & Mid Caps du moment qui font l'actualité.

Publié le 10/09/2026

(Zonebourse.com) - Le ministère des Armées renforce ainsi son équipement en drones tactiques après une première évaluation concluante menée auprès des forces françaises.Airbus annonce une…

Publié le 10/09/2026

(Zonebourse.com) - IBM et la NASA annoncent la mise en oeuvre open source de leur NASA-IBM Lunar Foundation Model, l'un des premiers modèles de fondation d'intelligence artificielle accessibles…