Les républicains battus aux élections par le caddie des Américains
Si les républicains veulent une explication à leur large défaite mardi, lors des élections américaines de mi-mandat, ils peuvent se tourner vers une formule restée célèbre de la campagne présidentielle de Bill Clinton en 1992 : "C'est l'économie, idiot".
Car l'inflation persistante, relancée par les droits de douane de Donald Trump puis la guerre contre l'Iran, mais aussi un marché de l'emploi qui stagne et des inégalités criantes sont autant de raisons qui viennent expliquer le vote des Américains, selon des analystes.
"Les Américains ont voté avec leur portefeuille", estime ainsi le chef économiste d'EY-Parthenon, Gregory Daco, interrogé par l'AFP.
Difficile pour les républicains de faire passer leur message sur l'économie florissante alors que, pour la majorité des foyers américains, le sentiment persistant est celui d'une dégradation du niveau de vie.
Le fait que l'économie soit au cœur de cette élection "n'est pas un cas unique" mais "pour quasiment chaque électeur, quel que soit son âge, son niveau d'études, ses origines ou son orientation politique, tous ont voté avec l'économie en tête", ajoute M. Daco.
L'inflation avait atteint jusqu'à 9% sous la présidence de Joe Biden, en pleine reprise post-pandémie, avant de refluer pour se rapprocher de la cible de 2% de la Fed, la banque centrale américaine.
Mais les droits de douane puis le conflit avec l'Iran l'ont fait rebondir, à désormais 3,7% sur un an selon l'indice des prix à la consommation (CPI), sans signe de ralentissement.
"De plus en plus irritant"
Pour certains produits, la hausse est bien plus forte: l'essence, si importante pour des Américains très dépendants de leur voiture, est ainsi 38% plus chère qu'avant la guerre.
Mais les électeurs ne sont pas seulement sensibles à la hausse du moment, rappelle Gregory Daco, ils le sont à la valse incessante des étiquettes depuis plus de cinq ans.
"C'est comme un caillou dans la chaussure, au début c'est gênant mais sans plus, avec le temps cela devient de plus en plus irritant. C'est ce que l'on observe avec l'inflation", estime-t-il.
Durant la campagne, Donald Trump et les républicains ont accusé leurs opposants de monter de toutes pièces une crise "du pouvoir d'achat".
Mais le plus dur commence pour les démocrates, même en tenant le Congrès.
"Ils auront un impact limité sur le problème, même si c'est un sujet majeur pour eux, car le Congrès ne dispose pas des outils permettant d'agir sur les deux principales causes de l'inflation: les droits de douane et la guerre en Iran", a jugé dans une note Jonathan Schroer, économiste pour Unicredit.
D'autant que le ralentissement du marché de l'emploi, décrit comme "peu actif" et avec peu de marge de croissance par les économistes, constitue un autre problème à gérer.
Économie en K
Plus encore, les revenus ne suivent pas l'inflation, ce qui signifie que la majorité des salariés voit son pouvoir d'achat s'éroder graduellement.
Certes, le taux de chômage reste faible et les créations d'emploi se poursuivent mais elles se concentrent dans peu de secteurs, tels que la santé, l'éducation et la construction.
"La majorité de ceux qui veulent un emploi en ont un", rappelle Gregory Daco, "mais ils ne sont pas forcément satisfaits par leurs conditions d'emploi".
Plus largement, si la croissance reste robuste (+3,4% en rythme annualisé au troisième trimestre), les économistes s'inquiètent de la voir se répartir de plus en plus mal dans la population, avec les hauts revenus qui en profitent de manière disproportionnée, permettant de soutenir la consommation par leurs dépenses.
En mai dernier, alors que Wall Street atteignait des records, des économistes de la Fed s'inquiétaient d'une "hausse remarquable" de l'insécurité alimentaire dans la première économie mondiale.
Ils estimaient que l'économie américaine devenait une "économie en K", où les plus riches continuent à s'enrichir quand les autres voient leurs opportunités économiques se réduire.
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